Meurtre d'une postière dans l'Ain: Mamadou Diallo acquitté "au bénéfice du doute"

Le bureau de poste de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, où le corps de catherine Burgod a été découvert en 2008. - Philippe Desmazes AFP
L'ombre de Gérald Thomassin avait plané sur le procès. Au terme de six jours de débats, Mamadou Diallo a été acquitté du meurtre de Catherine Burgod, une postière de Montréal-la-Cluse, dans l'Ain, en 2008. L'accusé a accueilli avec "soulagement" ce verdict prononcé lundi soir par la cour d'assises de l'Ain qu'il l'a acquitté "au bénéfice du doute".
Le corps de Catherine Burgod, 41 ans, a été découvert le 19 décembre 2008 à 09h05 dans l'arrière-boutique de la petite poste de Montréal-la-Cluse, baignant dans une mare de sang. Vingt-huit coups de couteau ont été relevés sur le corps de cette mère de deux enfants, enceinte de 5 mois.
Thomassin, "coupable"
La piste crapuleuse a rapidement été suivie par les enquêteurs, une somme évaluée à 2.490 euros ayant été dérobée. Mais l'arme du crime est restée introuvable et aucun témoignage probant, notamment pour les 29 minutes cruciales séparant le dernier SMS de la victime et la découverte de son corps, n'a permis de faire avancer l'enquête.
Celle-ci s'était d'abord orientée sur la piste de Gérald Thomassin, ex-espoir du cinéma français devenu marginal, qui résidait alors en face de cette poste et dont le comportement après le meurtre avait intrigué les enquêteurs. Il a disparu en 2019, alors qu'il se rendait à une confrontation dans le bureau du juge d'instruction lyonnais, avant de bénéficier d'un non-lieu.
Durant les six jours de débats, la défense a tenté d'instiller à nouveau un doute autour de la piste menant à l'ancien Petit criminel de Jacques Doillon. "Je suis convaincue que c'est lui le coupable", a lancé lundi en début de plaidoirie Me Noachovitch.
Une pensée pour la famille de la victime
Pour l'avocat général, cette stratégie était un "épouvantail". "Je ne crois pas à la thèse du spectateur profiteur (...) et si on n'est pas spectateur, c'est qu'on est acteur de la scène", a-t-il déclaré dans son réquisitoire à l'endroit de l'accusé, dont il a pointé les "mensonges jusqu'à l'absurde". Il avait alors requis 30 ans de réclusion criminelle à l'encontre de ce dernier.
En 2017, l'affaire avait rebondi lorsqu'une correspondance avait été établie entre l'ADN prélevé sur un monnayeur et un sac trouvé près du corps de Catherine Burgod, et celui de Mamadou Diallo. Au moment des faits, il effectuait un stage près de Montréal-la-Cluse. L'ancien ambulancier a toutefois été condamné à deux ans d'emprisonnement pour le vol d'une liasse de billets qu'il reconnaît avoir commis lorsqu'il s'est rendu sur les lieux du crime, avant, selon lui, de prendre la fuite après avoir découvert le cadavre de la victime.
"J'ai paniqué, je n'ai pas réfléchi, en sortant j'ai pris une liasse de billets, je suis sorti en courant" mais "je ne suis pas un meurtrier", a déclaré à la barre celui qui était à l'époque un lycéen de 19 ans, invoquant le "traumatisme" pour expliquer les variations dans ses déclarations.
"On ne peut pas laisser ça impuni"
Acquitté au bénéfice du doute après cinq heures de délibération, son avocat Me Sylvie Noachovitch a estimé que ce verdit était "une grande victoire pour la justice". Mamadou Diallo a exprimé son "soulagement" et "sa peine pour la famille de Catherine Burgod". La présidente de la cour d'assises avait rappelé quelques minutes plus tôt qu'il s'agissait de "la fin d'un épisode judiciaire, c'est la fin de la première instance".
Les parties civiles sont "K.O. debout" à l'issue de ce procès, a déclaré leur avocate Me Séverine Debourg. "On ne peut pas laisser ça impuni, c'est difficile pour eux", a-t-elle poursuivi.












