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Trois policiers condamnés à Nice pour injures racistes lors d'une arrestation

BFM Manon Aversa et J.Bro avec AFP
Une brigade de police anti-stupéfiants afin d'éradiquer le trafic de drogue à Villeurbanne, en France, le 29 novembre 2024.

Une brigade de police anti-stupéfiants afin d'éradiquer le trafic de drogue à Villeurbanne, en France, le 29 novembre 2024. - Romain Doucelin/NurPhoto

Trois policiers ont été condamnés ce lundi 10 novembre à Nice à douze mois de prison avec sursis et six mois d’interdiction d’exercer après avoir été reconnus coupables d'injures racistes et de violences psychologiques lors d'une arrestation en juillet dernier.

Trois policiers ont été condamnés ce lundi 10 novembre à 12 mois de prison avec sursis et six mois d'interdiction d'exercer leurs fonctions pour injures racistes lors d'une arrestion, a appris BFM Nice Côte d'Azur.

Deux autres policiers, également jugés devant le tribunal correctionnel de Nice pour injures racistes et violences psychologiques à l'égard de deux trafiquants de drogue tunisiens, ont été relaxés. Le parquet avait requis 12 à 18 mois de prison et une interdiction définitive d'exercer pour les cinq fonctionnaires.

Secrétaire départemental du syndicat de police Un1té, Laurent Martin de Frémond a exprimé son "soulagement". Il était venu comme d'autres policiers soutenir les collègues poursuivis. "Il n'y a pas que les délinquants qui ont droit à une deuxième chance", s'est réjoui Me Eric Borghini, avocat de l'un des policiers. Suspendus depuis les faits, ils devront tous affronter une procédure administrative en interne avant toute réintégration.

"Ici, personne ne veut de toi!"

Le 22 juillet, les policiers avaient interpellé deux jeunes hommes soupçonnés de trafic de stupéfiants dans le quartier sensible des Moulins, dans l'ouest de Nice et les avaient embarqués dans une fourgonnette. Discrètement, l'un des jeunes avait activé le dictaphone de son téléphone, enregistrant insultes racistes, moqueries, violences et humiliations, pendant plus de 32 minutes.

"T’es un Arabe. Tu es là pour violer des Françaises et nous voler! Ici, personne ne veut de toi! Donc tu vas rentrer dans ton pays, suceur de chameaux! ", peut-on entendre. Ou encore "sales bougnoules", "tu n’as rien à faire en France".

L'avocat de ce Tunisien de 18 ans, Me Kada Sadouni a exprimé sa déception après le jugement: "je pensais franchement que le tribunal allait prendre l'affaire un peu plus au sérieux et condamner les policiers de manière exemplaire".

L'enregistrement incriminant avait été découvert par un enquêteur à l'arrivée au commissariat. "Il y a des mots qu'on ne doit pas prononcer" a reconnu Laurent Martin de Frémond. Mais "il y a la réalité du terrain. Vous avez affaire à des policiers qui sont confrontés chaque jour à ces difficultés, qui se font cracher dessus, insulter", a-t-il dit, estimant que le jeune Tunisien avait poussé les policiers à la faute.

Les violences physiques n’ont pas été retenues

Condamné à 18 mois de prison pour vol en réunion, ce jeune a accusé les policiers d'avoir arraché des pages d'un Coran dans son sac et d'en avoir fait des boulettes pour les lui fourrer dans la bouche. Les trois policiers qui se trouvaient à l'arrière de la fourgonnette ont assuré qu'il s'agissait d'un carnet trouvé dans une poubelle et qu'ils avaient juste voulu faire "une mauvaise blague".

Coran ou non, pour le tribunal les violences psychologiques sont constituées. Mais pas les violences physiques: selon le certificat médical, les ecchymoses relevées sur le jeune homme pouvaient résulter d'une chute pendant son interpellation ou d'automutilations pendant sa garde-à-vue, qu'il a reconnues.

Les deux policiers relaxés se trouvaient à l'avant de la fourgonnette et ont assuré ne pas avoir eu conscience des agissements de leurs collègues. Les trois condamnés, âgés de 30, 32 et 41 ans, devront payer chacun une amende de 500 euros et verser solidairement 1.000 euros de dommages au jeune homme, un euro symbolique à la Ligue des droits de l'Homme et à la Licra, et 800 euros de frais de justice aux trois parties civiles. Le second interpellé ne s'était pas constitué partie civile.