Ex-agents de la DGSE accusés de trahison: "En général, on essaie de régler ça en interne"

Le quartier général de la DGSE en 2015 - Martin Bureau-AFP
Accusés d'intelligence avec une puissance étrangère. Deux anciens agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ainsi que l'épouse de l'un d'entre eux ont été mis en examen en décembre dernier. Ils sont poursuivis pour des "agissements d'une extrême gravité", a annoncé le ministère des Armées.
Des agents à la retraite
Les faits qui leurs sont reprochés sont "susceptibles de constituer les crimes et délits de trahison". Ils sont accusés d'avoir livré à une puissance étrangère des informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, d'intelligence avec une puissance étrangère et de compromission du secret de la défense nationale. L'un d'eux a par ailleurs également été mis en examen pour provocation directe au crime de trahison. Les deux anciens agents ont été placés en détention provisoire.
C'est la DGSE qui a détecté cette tentative de recrutement. La DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) a été chargée des investigations judiciaires. Au moment où ils ont été arrêtés, les deux individus venaient tout juste de prendre leur retraite.
"C'est la règle du jeu"
De telles trahisons sont rares mais pas exceptionnelles. "Cela arrive de temps à autre, indique à BFMTV Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement. Mais en général, on essaie de régler ça en interne et les trahisons ne sont pas toujours découvertes."
En 2011, les services secrets israéliens ont tenté d'espionner et de piéger des officiers de la Direction générale de la police nationale (DGPN) et de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), relate Le Monde.
"Il y a beaucoup de tentatives de recrutement. C'est la base du métier et c'est la règle du jeu", poursuit Eric Denécé, auteur de plusieurs ouvrages sur le renseignement.
Un membre de la DGSE devenu Al-Qaïda?
En 2014, une agence de presse américaine affirmait qu'un ancien agent français était devenu l'un des combattants les plus redoutables du groupe terroriste Al-Qaïda. L'information avait été démentie par le ministère de la Défense. Mais deux autres sources au sein du renseignement européen assuraient également que cet homme était bel et bien un ancien cadre de la DGSE, spécialiste des explosifs.
S'il n'existe aucune statistique concernant les tentatives d'espionnage ou les trahisons, le chercheur évoque le chiffre de cinq à dix cas par an au niveau mondial. "Il y a toujours des gens qui trahissent, dans tous les pays et dans tous les services, même si cela reste un pourcentage infime", pointe Eric Denécé.
"Les Chinois sont très actifs"
Selon l'émission Quotidien de TMC, les deux anciens agents français auraient livré des informations sur les méthodes de travail du renseignement extérieur français à la Chine. Si Florence Parly, la ministre des armée, a déclaré ce vendredi qu'ils étaient "très probablement" en service au moment des faits, elle a refusé de préciser la puissance étrangère impliquée.
"On ne sait pas quelle est la nature des informations qu'ils ont données ni à qui, remarque le spécialiste du renseignement. Peut-être sont-elles de très grande importance. Les Chinois sont très actifs, tout comme les Russes. Mais nos alliés aussi, dont Israël ou les États-Unis."
Beryl614, un ancien agent de la DGSE reconverti en youtubeur, assure que les services secrets chinois (MSE) coopèrent peu avec leurs homologues occidentaux. S'il estime qu'ils ont accumulé un certain retard et se déploient rarement à l'étranger, ils possèdent en revanche "une force de frappe constituée par leur service technique et l'agressivité dont ils font preuve", explique-t-il dans une vidéo publiée sur sa chaîne Talks with a Spy.
Un plan de liaison clandestin
Cet ancien agent, qui a quitté la DGSE en 2017 après y avoir passé quinze ans, évoque également leurs "méthodes de recrutement de sources humaines" très spécifiques. "Les services de renseignement chinois savent dérouler le tapis rouge pour séduire leur proie." Et détaille ensuite des éléments type d'une telle collaboration: "à partir du moment où la cible accepte la coopération, elle sera dotée d'un plan de liaison clandestin pour recevoir ses ordres et envoyer ses rapports".
Dans une autre vidéo consacrée au moyens de recruter une source, Beryl614 évoque l'argent comme l'un des leviers "les plus utilisés". "La source, si elle décide de trahir son pays (...) prend un risque important pour elle-même. Elle peut risquer la prison si elle est détectée par le contre-espionnage de son pays (...) Tout cela a un prix." Mais refuse d'évoquer toute somme.












