Bordeaux: procès d'une vaste escroquerie sur les vins

Le procès de l'une des plus grosses arnaques au vin jamais mise au jour s'est tenu jeudi à Bordeaux. (Photo d'illustration) - AFP
L'ex-homme d'affaires belge, Roger Geens, ne s'est pas présenté ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Et pour cause: victime d'un AVC en 2006, le prévenu vit depuis des années dans une luxueuse clinique monégasque, et ne serait plus en état de témoigner. C'est donc en son absence que son procès s'est ouvert, pour juger l'une des plus grosses escroqueries jamais mises au jour dans le monde du vin.
Propriétaire de plus de mille hectares de vignes et de dizaines de châteaux dans le Sud-Ouest, notamment à Saint-Emilion, et dans le Midi, Roger Geens est soupçonné d'avoir frelaté et écoulé plusieurs millions de bouteilles de vin de Bordeaux pendant deux décennies. Montant du préjudice estimé: 20 millions d'euros.
Ajouts de produits chimiques
L'industriel belge âgé de 78 ans est soupçonné d'avoir mis en place un vaste système de fraude, consistant à produire du vin d'appellations mineures au-delà des limites autorisées, puis de diriger ces surplus - interdits à la commercialisation - vers d'autres exploitations déficitaires.
Pour faire passer ces vins médiocres pour des crus plus cotés, les dirigeants de cette entreprise de 600 salariés n'avaient pas lésiné sur les techniques de fraude, parfois très sophistiquées: mélanges, fausses étiquettes, création de châteaux fictifs et même ajout de produits chimiques, comme de la glycérine (un antigel), "pour qu'un entre entre-deux-mers puisse par exemple passer pour un bergerac", explique le quotidien Sud-Ouest.
Instruction longue de 14 ans
Ainsi "maquillées", ces bouteilles étaient ensuite exportées vers la Belgique et d'autres pays d'Europe du Nord, avec la complicité d'une entreprise de transports.
En 2002, une salariée du groupe Geens a fini par dénoncer la supercherie. Après quatorze années d'instruction - une lenteur déplorée par la partie civile - Roger Geens a donc été renvoyé en correctionnelle pour "tromperie sur la nature, la qualité substantielle, l’origine ou la quantité de la marchandise".
Ce jeudi, le procureur a requis la peine maximale prévue par la loi en matière d'infraction au code de la consommation: deux ans de prison avec sursis. Le délibéré est attendu le 29 juin prochain.












