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Alain Bauer: "nos frontières extérieures sont poreuses"

BFM A.K.
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Sur BFMTV, le criminologue pointe les défaillances qui ont permis à Abdelhamid Abaaoud de rentrer de Syrie en France sans attirer l'attention.

Sa planque n'était pas en Syrie: Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attentats de Paris, se cachait en réalité en région parisienne. Il a donc pu rentrer sur le territoire français de Syrie sans attirer l'attention, alors qu'il était recherché. Une situation qui n'étonne pas Alain Bauer, criminologue.

"La Syrie est une zone de guerre qui a des frontières poreuses", constate-t-il. "Lorsque vous prenez l'avion, une voire deux fois sur trois, votre passeport n'est pas véritablement passé dans la machine qui le contrôle, parce qu'elle a la taille d'un chemin vicinal pour le trafic d'une autoroute".

La question d'un PNR européen

Mais selon le criminologue, le problème se situe également du côté du PNR – Passenger Name Record, un fichier comportant les données personnelles des voyageurs aériens. Les données du PNR existent déjà en France et dans plusieurs pays de l'espace Schengen, mais il n'existe pas au niveau européen. "Le Parlement européen s'oppose à la transmission du fichier préalable des passagers aériens, ce qui empêche toute action avant que les gens prennent l'avion, et y compris lorsqu'ils sont dedans", déplore Alain Bauer.

Une thèse soutenue fortement par le gouvernement: avant la réunion d'urgence des ministres européens de l'Intérieur vendredi, Bernard Cazeneuve a dit espérer un "large consensus" sur l'approbation du PNR européen "avant la fin de l'année 2015".

Equilibre entre protection et liberté

Et de souligner: "Quand vous créez une maison sans porte ni fenêtres, il ne faut pas vous étonner d'être cambriolé. Et c'est très compliqué de fermer ce que vous avez ouvert auparavant. Quand on a supprimé l'intégralité des frontières intérieures et que les frontières extérieures sont poreuses, tout le monde peut rentrer et sortir".

La solution, selon Alain Bauer, passe donc par le rétablissement de frontières, "sans empêcher les gens d'aller et venir mais en les contrôlant mieux", et par le partage du PNR. Il appelle enfin à "revenir à l'équilibre entre protection des personnes et liberté".

Jeudi, six députés ont voté contre la prolongation pour trois mois de l'état d'urgence et le renforcement de ce régime d'exception. L'un d'eux, le socialiste Pouria Amirshahi, appelle à "ne pas perdre son sang-froid" pour la démocratie. Dans une tribune publiée dans Le Monde, il dénonce une délibération "dans la précipitation" sur "une restriction sévère de nos libertés publiques".