Affaire Heusèle: l'enquête sur la mort de l'assureur relancée?

Jacques Heusèle a disparu le 17 novembre 2008. - DR
Cela fait près de dix ans que le bras de fer dure entre la justice et la famille Heusèle. D'un côté, des magistrats, peu disposés à investiguer sur le dossier, de l'autre Nicole, Alban et Arnaud Heusèle qui ne veulent pas croire au suicide de leur mari et père. Ce mercredi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Douai, dans le Nord, pourrait définitivement refermer le dossier de la mort d'un assureur d'Arras en 2008 autour de laquelle demeure plusieurs mystères.
Le 17 novembre 2008, Jacques Heusèle, assureur à la tête d'une agence AVIVA à Arras, dans le Nord, bien implanté dans sa ville, membre du Rotary Club et père de famille, disparaît. Deux jours plus tard, sa voiture est retrouvée à 120 kilomètres de là, à Erquelinnes en Belgique. Son corps va être lui découvert deux mois après sa disparition, le 27 janvier 2009, dans la Sambre, au sud de Charleroi. Les constations succinctes concluent au suicide. L'hypothèse tient pour la justice.
Enquête bâclée
Quand le corps de l'assureur a été découvert, il portait sur son dos un sac dans lequel se trouvait un haltère de 5 kilos. Par ailleurs, Jacques Heusèle était criblé de dettes: il encaissait sur son compte les chèques de ses clients et ne remboursait sa société qu'avec des versements reçus ultérieurement. Ce détournement de fond a été évalué à 126.000 euros. Un audit d'AVIVA était d'ailleurs prévu le lendemain de sa disparition. Une enquête est alors ouverte pour "abus de confiance" et "abus de confiance aggravée".
La famille de Jacques Heusèle croit à un tout autre scénario et n'ont aucun doute: leur mari et père a été tué. Nicole, Alban et Arnaud Heusèle ont acquis cette intime conviction après avoir mené l'enquête de leur côté. Il y a d'abord ces carnets qui appartenaient à l'assureur. A l'intérieur, des prénoms féminins, ainsi que des termes sexuels sont inscrits. Le mot "haltère" est également griffonné. Il y a cette page manquante dans l'agenda de l'assureur, celle de la semaine du 17 novembre 2008.
Demande d'actes rejetée
Il y a sept ans, la famille obtient l'ouverture d'une information judiciaire pour "chantage", "vol" et "assassinat". A ces éléments troublants se mêle désormais la certitude que Jacques Heusèle brouillait les pistes et menait une double vie. L'assureur, décrit comme "un homme secret" par son épouse, disposait d'une ligne téléphonique inconnue de ses proches. Il possédait également un second compte bancaire lié à la SCI créée avec sa femme. Alors que des mentions "virement SCI" ont été retrouvées dans les agendas, ce compte, dont la famille n'a retrouvé aucune trace, pourrait avoir été utilisé pour détourner de l'argent, croit-elle.
De l'autopsie du corps à l'audition du frère de Jacques Heusèle - qui cachait leurs rencontres à ses proches - en passant par l'analyse de la partie privée du disque dur de la victime, les éléments manquent pour faire avancer les investigations, estiment la femme et les fils du défunt, alors qu'un avis de fin d'information a été rendu en septembre 2016.
"Trop de questions restent sans réponse, déplore Nicole Heusèle. On a le sentiment que leur stratégie est de dire qu'il n'y a rien dans le dossier. Ils rejettent toutes nos demandes d'actes. Pourquoi policiers et magistrats agissent-ils de cette manière?"
Indices modifiés?
A commencer par le commencement de l'affaire: l'autopsie. Une contre-expertise a été réclamée par la famille mettant alors en avant des manquements aux premières analyses et remettant en cause la thèse de la noyade. "Pourquoi ne pas en tenir compte", s'emporte le clan Heusèle. Autre élément laissé de côté: la photo d'un jeune homme, torse nu, dans le portable de Jacques Heusèle. Il n'est autre qu'un ancien camarade de classe d'Arnaud Heusèle. "Pourquoi personne ne se pose la question de savoir pourquoi il avait cette photo", s'interroge Nicole Heusèle. Elle et ses fils vont se livrer mercredi à une énième bataille face à la justice pour faire examiner par la cour d'appel de Douai une nouvelle demande d'actes.
Malgré ses découvertes, la famille veut la vérité pour "réapprendre à vivre". "Nous sommes en colère", surenchérit la veule de Jacques Heusèle qui soupçonne quatre policiers d'avoir caché ou modifié des éléments ou indices. Pour ce volet de l'affaire, une enquête a été ouverte pour "faux" et "obstacle à la manifestation de la vérité" au tribunal de grande instance de Lille. Là, les proches, confortés par des témoignages, assurent que l'audition de l'ancienne collaboratrice de l'assureur a été modifiée. En effet, l'ancienne secrétaire ne reconnaît pas sur le PV d'audition, sa propre signature.












