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Affaire Bétharram: une information judiciaire ouverte pour viol, un suspect déféré

BFM Justine Chevalier , Journaliste police-justice BFMTV
Le tribunal de Pau - Image d'illustration

Le tribunal de Pau - Image d'illustration - Google StreetView

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Trois hommes, laïcs et religieux ayant travaillé dans l'établissement catholique de Bétharram, ont été placés en garde à vue mercredi pour des soupçons de violences physiques et sexuelles. L'un d'eux, âgé de 93 ans, avait été remis en liberté jeudi.

Nouvelle étape judiciaire dans l'affaire Bétharram. Un des trois hommes placés en garde à vue mercredi pour des soupçons de violences physiques et sexuelles a été déféré au tribunal judiciaire de Pau en vue d'être présenté à un juge d'instruction. Une information judiciaire est désormais ouverte par le parquet de Pau visant des faits de viol par personne ayant autorité entre 1991 et 1994 et d'agressions sexuelles sur mineur de 15 ans en 2004 le concernant dans cet établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques.

Le parquet de Pau a requis son placement en détention provisoire.

Mercredi, trois hommes âgés de 59, 69 et 93 ans, avaient été interpellés et placés en garde à vue dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte depuis début 2024 pour "viols aggravés, agressions sexuelles aggravées, violences aggravées" susceptibles d'avoir été commis entre 1957 et 2004. Le lendemain, le plus âgé de ces hommes avait été remis en liberté, sans que les suites judiciaires ne soient précisées.

Des faits prescrits

Concrètement, les enquêteurs soupçonnent l'homme âgé de 59 ans qui doit être présenté à un juge d'instruction de viol entre 1986 puis entre 1991 et 1994 sur deux victimes, des agressions sexuelles entre 1986 et 2004 sur cinq élèves et des violences volontaires sur 19 ex-pensionnaires de Bétharram entre 1985 et 1989. En garde à vue, l'homme a reconnu quelques gifles mais nie des violences plus graves et surtout les violences sexuelles. Les faits de violences volontaires sont prescrits, il a donc été déféré pour les faits de viols entre 1991 et 1994 et pour des agressions sexuelles commises en 2004.

La prescription a justifié la remise en liberté des deux autres hommes placés en garde à vue. Il était reproché à l'homme âgé des agressions sexuelles entre 1957 et 1962 à l'encontre d'un ancien élève. Faits qu'il a reconnu devant les gendarmes. l'homme a été laissé libre en raison de faits prescrits. Idem pour l'homme âgé de 69 ans. Ce dernier était placé en garde à vue pour un viol entre 1985 et 1989 sur une victime, des agressions sexuelles entre 1978 et 1989 sur 18 adolescents et des violences volontaires sur 55 ex-pensionnaires. En garde à vue, il a reconnu avoir donné quelques gifles mais réfute les accusations de violences sexuelles.

Par ailleurs, quatre anciens personnels laïcs de l'institut Bétharram ont été auditionnés ces derniers jours. Les gendarmes les ont interrogés sur des violences graves et répétées entre 1979 et 1996, et dont d'anciens élèves les accusent. Trois d'entre eux ont admis des violences, l'un d'eux reconnaissant avoir pu tirer les cheveux de certains élèves ou d'avoir donné des coups de poing. Là encore, les faits étant prescrits, ces quatre personnes sont ressorties libre de leurs auditions.

Des victimes âgées de 9 à 17 ans

Depuis un an, les gendarmes de la section de recherches de Pau travaillent sur des accusations de violences, mais aussi de viols et d'agressions sexuelles prononcées par d'anciens pensionnaires de Notre-Dame-de-Bétharram, à travers 20 plaintes déposées le 31 janvier 2024. Ils évoquent des humiliations, des châtiments corporels mais aussi des masturbations ou fellations imposées. A ce jour, 112 courriers ont été adressées à la justice pour dénoncer des faits de violences, d'agressions sexuelles ou même de viols entre 1955 et 2004.

Depuis, 97 de ces victimes ont été auditionnées, 77 ont porté plainte. On parle d'anciens élèves qui avaient entre 9 et 17 ans aux moments des faits dénoncés, évoquant un climat de terreur au sein de l'établissement, détaillant les brimades, les humiliations, les violences physiques et sexuelles commises par 11 personnels laïcs ou religieux. Huit sont à ce jour décédés.

Plusieurs anciens élèves de l'établissement catholique ont témoigné depuis publiquement. Olivier Bunel, scolarisé dans l'établissement entre 1982 et 1984, a témoigné ce jeudi sur BFMTV, décrivant "un goulag digne d'un autre temps".

"Le monde des internes, c'était des coups puissance dix et ce qu'on peut qualifier aujourd'hui de viols", dit-il.

François Bayrou au coeur de la polémique

L'affaire Bétharram a connu un retentissement médiatique alors que le Premier ministre, maire de Pau depuis 10 ans, ministre de l'Éducation nationale au moment de la première plainte en 1996, est pointé du doigt. De nombreuses voix s'élèvent pour affirmer que le locataire de Matignon était informé des violences commises entre les murs de cet établissement catholique. François Bayrou nie en bloc et maintient n'avoir "jamais eu la moindre information".

Une ancienne enseignante de Bétharram, Françoise Gullung, maintient pour sa part, dans une vidéo diffusée jeudi par Mediapart, l'avoir alerté de vive voix et par écrit, à l'époque, sur les violences et humiliations infligées aux élèves. Elle y raconte également avoir sollicité, en vain, une intervention de Mme Bayrou, un jour où toutes deux entendaient un enfant hurler sous les coups d'un membre de l'encadrement.