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Val-d'Oise: pourquoi la marche du comité "Vérité pour Adama" est interdite par la préfecture

BFM Amaury Tremblay
Assa Traoré, la sœur d'Adama, mène le comité créé à la suite de la mort du jeune homme en juillet 2016.

Assa Traoré, la sœur d'Adama, mène le comité créé à la suite de la mort du jeune homme en juillet 2016. - AFP

Pour la première fois depuis la mort d'Adama Traoré en 2016 à Persan, le comité, créé pour lui rendre hommage, a vu sa manifestation de samedi interdite par la préfecture du Val-d'Oise.

Chaque année depuis 2016, le comité "Vérité pour Adama" organise une marche en mémoire d'Adama Traoré. Ce jeune homme de 24 ans est mort dans la cour de la caserne de Persan (Val-d'Oise) le 19 juillet 2016 peu de temps après son arrestation par des gendarmes au terme d'une course-poursuite.

Pour la première fois cette année, la préfecture du Val-d'Oise a annoncé jeudi soir l'interdiction de cette marche et de tout rassemblement 2023 à Persan et à Beaumont-sur-Oise. Quelques heures auparavant, elle avait d'abord indiqué "envisager" l'interdiction de cette marche.

"Ce rassemblement est un rendez-vous commémoratif précieux et nécessaire pour nos familles, pour toutes celles et ceux qui défendent l’égalité et demandent la fin de l’impunité policière", rappelle le comité "Vérité pour Adama" sur son compte Twitter.

Un "contexte de tensions"

Dans son communiqué, le préfet du Val-d'Oise explique que cette interdiction a été décidée face à un "contexte de tensions particulièrement violentes" en référence aux émeutes liées à la mort de Nahel à Nanterre.

Le représentant de l'État détaille les violences enregistrées sur la commune de Persan: "la vandalisation et la destruction par incendie de la mairie, du poste de police municipale et du centre communal d'action sociale".

Il ajoute que "80 habitants ont dû être évacués de leurs logements au milieu de la nuit [...] et deux femmes ont dû être transportées d'urgence vers des centres hospitaliers".

Le "risque de débordement"

D'après le préfet, le comité "Vérité pour Adama" avait prévenu le 30 juin dernier, lors d'un entretien avec les services de l'État, de la "possible venue" de la mère de Nahel. "Cette circonstance pourrait conduire, à elle seule, à fédérer autour de l'événement des éléments perturbateurs", affirme la préfecture du Val-d'Oise.

Le comité affirme que, compte tenu de ce contexte, la marche est "d’autant plus attendue et utile qu’elle permet aux manifestants de s’exprimer de manière collective et encadrée".

"Priver les gens de leur droit de marcher, de leur droit de s’exprimer, c’est jeter de l’huile sur le feu, c’est céder à la panique et ne pas se montrer à la hauteur de ses responsabilités institutionnelles", poursuit "Vérité pour Adama".

La préfecture ajoute que "de nombreuses associations contestataires" ont appelé à participer à la marche pour Adama Traoré. "Ces associations peuvent fédérer des éléments radicaux susceptibles de commettre des exactions et des actes de violence", poursuit le communiqué du préfet.

Manque de sécurité

Le préfet rappelle qu'il a été demandé au comité de "contractualiser avec une association agréée de sécurité civile. Il s'agit d'assurer un dispositif de sécurité autour de l'événement alors que, pour l'État, "il n'apparaît pas possible d'engager un niveau de forces suffisant" en raison de la mobilisation des policiers sur le "maintien de l'ordre dans les communes touchées par les violences urbaines".

Les services de l'État indiquent aussi qu'aucun "dispositif particulier de sécurité" ne lui a été transmis par le comté "malgré l'obligation qui [lui] incombe".

"Aujourd’hui plus que jamais le rôle de la préfecture est de veiller à ce que nous puissions librement marcher, appeler à l’union pour l’égalité de tous", regrette "Vérité pour Adama". Le comité avait indiqué jeudi soir à l'AFP son intention de déposer un référé pour contester cette interdiction devant la justice administrative.

Il s'agit d'une "décision politique pour empêcher qu'il y ait une parole des quartiers populaires sur la mort de Nahel et d'Adama", avait déclaré dans l'après-midi à l'AFP Youcef Brakni, bras droit d'Assa Traoré.