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"Une punition collective": des commerçants de Château d'Eau obligés de fermer à 20h, les riverains divisés

BFM Julie Benmoussa avec Mathias Fleury
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Depuis une quinzaine de jours, les salons de coiffure du quartier Château d'Eau doivent fermer entre 20 heures et 5 heures. Certains d'entre eux dénoncent une situation injuste, tandis que des riverains constatent une baisse des nuisances.

Depuis le 20 décembre dernier, un arrêté préfectoral oblige les commerçants du quartier de Château d'Eau à Paris, à fermer entre 20 heures et 5 heures. Celui-ci restera en vigueur au moins jusqu'au 20 janvier et a été pris dans l'objectif de réduire les nuisances et les tapages nocturnes, réguliers au cours de ces derniers mois.

Seuls les hôtels, restaurants, pharmacies, bars et établissements culturels qui se trouvent dans la zone, qui s'étend sur le boulevard de Strasbourg et la rue du Château d’Eau, ne sont pas concernés. Les commerces particulièrement visés sont les salons de coiffure du quartiers.

"C'est bizarre"

Les autres commerces, ouverts jusque tard dans la soirée en temps normal pour la plupart, doivent donc baisser le rideau à 20 heures. Certains commerçants dénoncent "une punition collective", qui a amputé leur chiffre d'affaires durant la periode de fêtes.

"Economiquement, on souffre", confie le gérant d'un salon de coiffure à BFM Paris Île-de-France. Il assure que de nombreux clients avaient l'habitude de venir dans son commerce "après le boulot, à partir de 19 heures".

Au cours de l'année 2024, les autorités ont reçu 402 mails et signalements concernant ce quartier. Plus de 900 procédures judiciaires ont été ouvertes en dix mois, dont 488 pour vols et recels et 21 pour travail dissimulé. La mairie s'est donc montrée favorable à cette mesure.

"C'est bizarre un peu", estime une riveraine, qui a du s'adapter à la législation en vigueur. Durant la période de Noël, "pour acheter les cadeaux et tout ce qu'il falait, c'était catastrophique", ajoute une autre habitante du quartier. "Je devais me dépêcher, ne pas rester longtemps dans les magasins", poursuit-elle.

"Personnellement ça ne me change rien: à 20 heures j'ai fait mes courses et au delà je n'irai pas les faire", tempère une autre riveraine.

Une possible prolongation de l'arrêté

Certains habitants louent quant à eux une mesure qui a, selon eux, apporté de la tranquilité dans le quartier et constatent un recul des nuisances. C'est le cas des membres de l'association Vivre Boulevard de Strasbourg.

"En 15 jours, on a vu un changement dratisque et colossal. Les enfants parfois quand ils se couchent ils ne peuvent pas dormir avant 22h30-23 heures tellement il y a du bruit", explique Delphine Martin, présidente de l'association.

La mesure, décrite comme une expérimentation, pourrait être reconduite après le 20 janvier. Mais Alexandra Cordebard, maire (PS) du 10e arrondissement de Paris, espère que le premier arrêté suffira à apaiser le quartier.

"L'objectif c'est que cette tranquilité en soirée perdure, si possible sans qu'on ait besoin de prendre un arrêté préfectoral à chaque fois", avance-t-elle.

L'élue souhaite ainsi privilégier "des explications, de la médiation" à de nouvelles décisions préfectorales. Des concertations seront donc ouvertes dès l'arrêté prendra fin, afin de tirer un premier bilan et d'évoquer diverses éventualités pour l'avenir.