BFM

Paris: l'exécutif va présenter un vœu au conseil municipal pour empêcher la fermeture de classes

BFM Nicolas Dumas
Deux fillettes lors de la rentrée à l'école élémentaire Chaptal, à Paris, le 2 septembre 2019 (photo d'illustration)

Deux fillettes lors de la rentrée à l'école élémentaire Chaptal, à Paris, le 2 septembre 2019 (photo d'illustration) - Martin Bureau/AFP

Selon un document provisoire, Paris pourrait perdre 177 classes à la rentrée prochaine. Un appel à la grève a été lancé pour dénoncer cette "saignée budgétaire" et l'exécutif parisien va présenter un vœu au prochain conseil municipal.

Les parents devront prendre leurs dispositions mardi 11 février, si leurs enfants sont scolarisés à Paris. Un appel à la grève a été lancé par plusieurs syndicats d'enseignants afin de dénoncer "une saignée budgétaire" et une "casse de l'école publique parisienne". Un sujet dont s'empare également la mairie de Paris. Lors du conseil municipal cette semaine, l'exécutif parisien prévoit de présenter un vœu contre les annonces de suppression de classes pour la rentrée prochaine.

Selon un document provisoire, 198 classes parisiennes pourraient fermer à la rentrée pour 21 ouvertures, soit un solde négatif de 177 classes fermées. Dans le détail, 61 fermetures de classes sont prévues en école maternelle et 137 en école élémentaire, pour 14 et sept ouvertures respectivement.

Le 18e arrondissement serait le plus concerné avec 22 fermetures, suivi par le 15e avec 21, et le 19e avec 20. Les fermetures en primaire seraient donc plus importantes à la rentrée 2025 qu’en 2024: 125 classes avaient été fermées en primaire l'an dernier.

"Une saignée à grand régime"

Les élus parisiens sont en colère. L’exécutif parisien estime que la capitale paie un plus lourd tribut de fermeture que les autres académies, notamment au regard de la baisse démographique qui ne justifierait pas ces choix.

Patrick Bloche, premier adjoint socialiste à la maire de Paris en charge de l'Éducation nationale a dénoncé "un élément d'incompréhension tout à fait inacceptable" ce jeudi 6 février lors de la conférence de presse de pré-conseil.

"Une saignée à grand régime", ajoute même Jean-Noël Aqua, conseiller communiste de Paris qui représente son groupe dans les instances éducatives de Paris. "Nous contestons cette politique d'austérité pour les services publics."

Selon leurs calculs, 24% des suppressions de postes au niveau national ont lieu à Paris. En janvier, 110 suppressions de postes ont été annoncées par le rectorat à Paris dans le 1er degré sur les 470 suppressions au niveau national.

Le rectorat justifie donc ces suppressions de postes par la baisse démographique: 3.200 élèves en moins seront présents à la rentrée 2025, après une baisse de 2.031 élèves en 2024 et 2.690 en 2023. Le rectorat assure que le secteur public parisien détenait à la rentrée 2024 l’un des taux d’encadrement les plus favorables de France métropolitaine et qu’il devrait encore progresser à la rentrée prochaine.

Cette moyenne est critiquée par la majorité, qui rappelle que les écoles en zone d’éducation prioritaire, nombreuses à Paris, font baisser ce chiffre. En effet, en ZEP, les classes de CP et CE1 sont dédoublées avec 12 élèves au maximum. "On a des classes avec 25 à 28 élèves", dénonce Jean-Noël Aqua, conseiller communiste de Paris.

La suppression de la décharge des directeurs dénoncée

Un autre point de discorde concerne la suppression de la décharge des directeurs d'école à Paris. La capitale bénéficie d'un régime dérogatoire depuis 1982 qui permet au directeur d'école de plus de cinq classes de bénéficier d'une dispense d'enseignement, contre 12 classes dans le reste de la France.

"Cette suppression de la décharge est une catastrophe", a assuré Philippe Goujon, le maire LR du 15e arrondissement de Paris, en conférence de presse. "2025, ce sera perdant-perdant (...). Il y aura de graves détériorations avec l'arrêt de la décharge de classe."

La ville de Paris compensait financièrement cette dispense jusqu’en 2019. Depuis, si la dispense a perduré, elle se faisait sans compensation financière. L’État veut donc aujourd'hui y mettre un terme, mais la ville veut convaincre le rectorat de faire marche arrière.

Pour cela, Patrick Bloche a rencontré le directeur de cabinet de la ministre de l'Éducation nationale, Élisabeth Borne, François Weil, qui est un ancien recteur de Paris.

"Je lui ai dit que la ville de Paris souhaitait à tout prix maintenir ce régime parisien des décharges à cinq classes. Et de ce fait, j'ai posé sur son bureau à la fois la dernière convention signée en 2019 et un projet de nouvelle convention, qui vaut engagement pour la ville de Paris en termes de compensation financière", raconte-t-il.

Et d'ajouter: "Pour vous donner un ordre de grandeur, la compensation était de 12 millions d'euros."

Une approbation transpartisane

Cette mesure pourrait concerner une cinquantaine d'écoles à la rentrée, selon les chiffres de l'exécutif parisien. "La ville a une dette de 116 millions d'euros envers l'État" à ce sujet, assure Philippe Goujon. "On a eu un effet immédiat, j'ai trois écoles dans le 15e où il n'y aura plus de directeur à la rentrée. Ils partent à la retraite. Nous nous insurgeons contre l'arrêt de cette mesure", a-t-il dit.

La maire Anne Hidalgo a écrit à la ministre de l’Éducation nationale pour plaider en faveur de ce régime de décharge qui existe à Paris en 1982. Une demande qui reçoit une approbation transpartisane au conseil de Paris.

"On demandera à la ville le versement compensatoire à l'État", a assuré de son côté Geoffroy Boulard, coprésident du groupe Union Capitale et maire LR du 17e arrondissement de Paris.