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Paris: des migrants transférés vers des centres d'accueil temporaires en régions

BFM Célia Vallet
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Depuis la mi-mars, des centaines de personnes, évacuées de camps de migrants ou de squats à Paris, ont été dirigées vers des "sas d'accueil temporaires régionaux", loin de la capitale. Les associations dénoncent une stratégie d'éloignement, à l'approche des Jeux olympiques.

Il fait encore nuit à Paris lorsque des migrants sont expulsés de leur campement de fortune. Depuis plusieurs semaines, dans la capitale, cette scène se répète: les autorités mènent des opérations de mise à l’abri dans l’objectif d’orienter ces personnes vers des sas d'accueil temporaires régionaux.

3.300 personnes depuis le mois d'avril

Il en existe dix de ce type aujourd'hui en France, où depuis le mois d'avril 3.300 personnes ont été redirigées. Les migrants, qui acceptent de rejoindre l’un de ces centres, y sont conduits en bus.

Mais plusieurs associations dénoncent ce dispositif. Il viserait, selon elles, à vider la ville de Paris de ses migrants pour les Jeux olympiques de Paris de 2024. Le gouvernement assure de son côté que ces transferts vers les régions ne sont pas liés à l’événement sportif.

La semaine dernière, lors d’une nouvelle opération de mise à l’abri, 16 des 100 personnes installées sous un pont parisien ont accepté de prendre ce bus.

"Je n'ai pas besoin d'aller là-bas, j'ai un travail"

"Si c’est pour Paris, je vais monter. Si ce n’est pas pour Paris, je ne monte pas", explique l’un d’eux à BFMTV. "C’est trop loin pour moi", poursuit-il, apprenant que le bus est pour Strasbourg. "Je n’ai pas besoin d’aller là-bas. J’ai déjà du travail", rapporte l’homme qui refuse de quitter son point de repère.

Les sas régionaux concentrent aussi les critiques: parfois éloignés des grandes villes, ils sont mal desservis, insalubres et faiblement sécurisé. "Si les personnes refusent de monter dans le bus alors qu’ils vivent dans des campements de fortune aussi misérables qu’ici, c’est qu’il y a un problème avec la destination des bus", affirme Paul Alauzy, coordinateur de la mission exilé chez Médecins du monde.

"Ce que propose l’Etat français ne correspond pas aux gens et cela signifie qu’ils se retrouvent dans une situation pire qui est de vivre sous ce pont", poursuit Paul Alauzy.

Pour ceux qui acceptent, un hébergement leur est proposé pendant trois semaines, le temps d'étudier leur situation. À Strasbourg par exemple, ils sont ainsi accueillis sur ce laps de temps dans un hôtel désaffecté.

Sur place, les autorités assurent qu'ils doivent ensuite être orientés vers un hébergement adapté à leur situation. Les personnes demandeuses d’asile sont orientées vers des structures adaptées. Celles considérées comme étant "hors parcours", sont-elles dirigées vers des centres d’urgence surchargés.

Mais en réalité, leur prise en charge dépend avant tout de leur situation, étudiée au cours de leur séjour par des travailleurs sociaux. Et selon Médecins du monde, 60% d’entre eux ne recevront aucune solution d’hébergement.

Un manque de solution d'hébergement

"Le souci aujourd’hui, c’est qu’ils installent ce dispositif dans un contexte où il y a très peu de moyens", explique Nathalie Latour, directrice générale de la Fédération des acteurs des solidarités. "Il y a plus de besoins par rapport à des personnes qui sont sans solution d’hébergement que de places à leur offrir quand elles appellent le 115."

Au cours des opérations de mise à l’abri, les migrants qui le souhaitent peuvent prendre un bus pour être dirigés vers une structure d’Île-de-France. Cette mise à l’abri ne dure qu’une semaine, contre trois dans les sas régionaux. Là aussi, leur avenir est étudié: une place dans un hébergement ou un retour dans la rue.