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Comment Notre-Dame de Paris va désormais se protéger contre les incendies

BFM Charlotte Lesage
Des flammes émergent de la cathédrale Notre-Dame de Paris, victime d'un incendie, le 15 avril 2019.

Des flammes émergent de la cathédrale Notre-Dame de Paris, victime d'un incendie, le 15 avril 2019. - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Un nouveau système de lutte contre les incendies a été mis en place à Notre-Dame. Il vise à minimiser les risques de propagation et à faciliter l'action des sapeurs-pompiers.

Paris, lundi 15 avril 2019. Les images de Notre-Dame dévorée par les flammes font le tour du monde. Cinq ans après l’incendie, l’édifice s’apprête à rouvrir ses portes au public. En coulisses, les acteurs de la restauration de Notre-Dame ont œuvré pour armer la cathédrale contre les feux.

"La question du risque incendie était connue, elle était prise en compte", précise Laurent Roturier, le président de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France à BFMTV.com. "En revanche, il y a eu un effet de sidération le 15 avril 2019. On s’est rendu compte que malgré toutes les précautions qui étaient prises, le risque zéro n’existait pas."

Après l’incendie, un plan d’actions sur la sécurité des cathédrales a été lancé en octobre 2019 par le ministère de la Culture. "Il détaille toutes les mesures à mettre en œuvre par les différents acteurs pour que le niveau de sécurité soit satisfaisant dans les édifices cultuels qui relèvent de la compétence de l’Etat", rapporte Laurent Roturier.

Ce plan d’actions s’applique aux 87 cathédrales dont l’Etat est le propriétaire, et donc à Notre-Dame. Système de brumisation, caméras thermiques, PC de sécurité… Notre-Dame de Paris est dotée d’un important système anti-incendie.

• Caméras thermiques

Notre-Dame de Paris est désormais équipée "d’une trentaine de caméras thermiques fixes". Elles sont installées dans les espaces identifiés comme étant les plus à risque: au niveau du grand comble, de la flèche et des tableaux électriques, à l’avant et à l’arrière d’un cantonnement de l’édifice. Ces appareils viennent compléter le système de sécurité tel qu’il existait avant l’incendie d’avril 2019.

"Elles vont détecter avant le système incendie, tout déclenchement, toute source de chaleur dans un endroit donné", explique Pascal Mignerey, chef de la Délégation à l’inspection à la recherche à l’innovation (Diri) au ministère de la Culture.

Ainsi, depuis le PC de sécurité, la personne à l’autre bout du signal suit les images en temps réel et peut voir s’il y a ou non un départ de feu dans la cathédrale.

"S’il y avait eu des caméras thermiques à l’époque, en 2019, on n’aurait pas connu ça", affirme Pascal Mignerey. "Grâce à elles, on peut déclencher les pompiers et leur dire où se situe le feu."

Ces caméras thermiques offrent un précieux gain de temps. "En 2019, la levée de doute n’a pas été assez rapide et le feu a pris de l’ampleur. Il est devenu incontrôlable et c’était trop tard."

Le jour de l’incendie, "il y a eu un problème de lecture du système de sécurité incendie. Il y a eu une confusion qui fait que la personne chargée d’effectuer la levée de doute a été envoyée au mauvais endroit", explique Pascal Mignerey. "Elle est revenue en disant qu’il n’y avait rien, mais sur le tableau, c’était toujours en défaut. Ils ont renvoyé une personne au bon endroit, mais le temps qu’elle y aille, il était trop tard."

Des caméras thermiques, elles, provisoires, sont également installées pour suivre l’évolution des chantiers, connus pour être d’éventuels vecteurs de départ de feu. "Quand vous avez un chantier sur un monument, il y a ce que l’on appelle les points chauds. S’ils ne sont pas suffisamment surveillés par l’entreprise qui intervient, un incendie peut se déclencher à cause d’une soudure par exemple", détaille Laurent Roturier.

En intégrant également les détecteurs de fumées, Notre-Dame compte désormais plus de 300 points de détection, rapporte Eric Lazzari, de Détection électronique française (DEF), à l’AFP.

• Points d’aspiration

Un nouveau système de détection automatique d’incendie joue un rôle préventif à Notre-Dame. "On met en place un système d’aspiration à l’aide de tubes visant à analyser l’air en permanence. L’air ainsi prélevé est orienté vers une centrale de détection incendie", expliquent les lieutenants-colonels Jean-François Duaerte Paixao, Alain Chevalier et Dominique Jager de la Mission Sécurité Sûreté et Audit de la direction générale des patrimoines et de l’architecture, dans un article du magazine La Fabrique de Notre-Dame.

"Ce système intelligent va permettre de détecter le plus rapidement possible un départ d’incendie, quel que soit l’endroit." Ils sont un complément aux caméras thermiques.

• Brumisation

Les caméras thermiques et les points d’aspiration permettent une détection rapide des départs de feu. Reste qu’une intervention humaine des sapeurs-pompiers est nécessaire pour éteindre l'incendie. Pour étouffer tout départ de feu, et dans l’attente de l’arrivée des secours, Notre-Dame de Paris est désormais équipée d’un système de brumisation.

"La brumisation, c’est de l’eau sous très très grande pression. Ce sont des fines gouttelettes qui vont étouffer l’incendie", expose Pascal Mignerey à BFMTV.com.

Pour actionner automatiquement le système, installé dans l'ensemble de la charpente, deux tuyaux doivent avoir détecté un départ de feu. Une minute suffit alors à faire passer la température de 500 à 600 degrés à moins de 100 degrés.

Cette technique permet aussi de préserver les œuvres présentes au sein de la cathédrale. "Cela évite que l’eau ruisselle. La brumisation est conçue de manière à ce que les œuvres ne soient pas altérées", explique Laurent Roturier à BFMTV.com. La bâtisse est elle aussi préservée au mieux puisque le brouillard d’eau ne s’actionne que là où le feu est détecté.

• Des postes de sécurité, de surêté et de gestion technique du bâtiment

Un poste de sécurité et un poste de sûreté sont installés dans le presbytère de Notre-Dame de Paris. L'État a la main sur tous les aspects du poste de sécurité. Les personnes présentent au sein du PC de sécurité ont un œil sur les caméras thermiques.

Le poste de gestion technique du bâtiment, lui, est une sorte de grand tableau de bord qui permet de détecter d'éventuels défauts sur la consommation des appareils techniques. Quant aux câbles électriques, certains résistent au feu, permettant aux systèmes de sécurité de fonctionner malgré la forte chaleur dégagée par le foyer. D'autres jouent un rôle protecteur contre les flammes, réduisant ainsi la propagation des flammes.

"En cas de début d'incendie ou d'un problème électrique sur le réseau, l'incendie s'éteindra de lui-même sur ce type de câble" qui "comporte des éléments qui vont relarguer l'eau et faire baisser la température", explique Franck Gyppaz, spécialiste de la sécurité incendie du Design Lab Systèmes de Sécurité incendie à Lyon, dans le magazine La Fabrique de Notre-Dame.

• Fermes coupe-feu, colonnes sèches et locaux pompiers

Pour armer au mieux la cathédrale contre les incendies, les acteurs de la restauration ont "accédé à toutes les demandes de la préfecture de police pour que les pompiers aient ce qu’ils demandent", explique Pascal Mignerey à BFMTV.com. Deux des trois chapitres fondamentaux du plan d’actions sécurité des cathédrales portent sur l’action des sapeurs-pompiers et la limitation du risque de propagation du feu.

Pour limiter cette propagation, la charpente est cloisonnée au moyen de fermes coupe-feu. "Elles permettent d’obtenir trois volumes au lieu d’un seul (...) en cas de déclenchement d’un feu dans l’un de ces trois volumes, cela permet de retarder considérablement la propagation au volume d’à côté", explique Alexandre Perrin dans le magazine La Fabrique de Notre-Dame. Ces fermes coupe-feu abritent des locaux techniques qui accueillent les fameux dispositifs de détection du feu et de brumisation.

Enfin, les colonnes sèches ont été repensées pour faciliter l’action des secours. Le débit d’eau présent a été multiplié par trois, soit 600 m3 par heure, indique par ailleurs le magazine dédié à Notre-Dame.

Enfin, la cathédrale est désormais dotée de locaux protégés et adaptés à l'intervention des sapeurs-pompiers. Le réseau des poteaux incendie à lui été modifié pour leur permettre d’accéder rapidement aux canalisations avec le débit augmenté.

De leur côté, les sapeurs-pompiers de Paris sont désormais équipés d’une nacelle pouvant monter jusqu’à 42 mètres de haut.

• La sauvegarde des biens culturels

Protéger Notre-Dame des flammes, c’est aussi protéger son mobilier. Là aussi, les acteurs étudient comment protéger les œuvres à l'intérieur de la cathédrale. Il s’agit du plan de sauvegarde des biens culturels. Ce plan permet aux sapeurs-pompiers d’avoir connaissance des œuvres à sortir en priorité en cas d'incendie.

Certaines de ces œuvres peuvent être enveloppées, mises dans des caisses et évacuées. "Les plus grands tableaux, par exemple, ne peuvent pas être sortis", expose Pascal Mignerey à BFMTV.com. "On les protège alors en mettant des bâches spéciales qui éviteront que les œuvres ne souffrent de l’eau envoyée par les pompiers et de la chaleur de l’incendie."

En 2019, l’ensemble des œuvres avait pu être sauvé à Notre-Dame. "Aucun des 25 tableaux présents dans l’édifice le jour de l’incendie n’a été détruit ou incendié", indique Laurent Roturier à BFMTV.com. "Ils ont tous été sauvegardés et restaurés."