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Attentat du quartier de l'Opéra en 2018: début du procès du mentor de l'assaillant

BFM Alexandra Gonzalez et Solenne Bertrand
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Abdoul Hakim Anaiev est accusé d'avoir radicalisé son meilleur ami, Khamzat Azimov, et de l'avoir indirectement poussé à commettre cet attentat sur le sol français.

Le procès d'Abdoul Hakim Anaiev, un homme tchétchène, s'est ouvert ce mercredi 25 octobre devant la cour d'assises antiterroriste à Paris. Il est accusé d'avoir radicalisé son meilleur ami, tchétchène également, prénommé Khamzat Azimov, et de l'avoir indirectement poussé à commettre un attentat sur le sol français le 12 mai 2018. Ce dernier avait été tué par les policiers lors de l'attentat.

Cet attentat a été revendiqué quelques heures après par Daesh, qui a diffusé dès le lendemain soir une vidéo d'allégeance tournée par le terroriste quelques heures avant son acte.

Peu avant midi, ce mercredi 25 octobre, l'accusé s'est levé dans le box et a tenu ses premiers propos. "J'étais radicalisé monsieur le président", assure Abdoul Hakim Anaiev. Il ajoute: "Pour être plus précis, j'ai adhéré à l'idéologie dégoûtante de l'état islamique. Jihad, martyr, charia, étaient des termes auxquels je croyais et que j'avais faits miens".

Il dément avoir influencé Khamzat Azimov. "Cette idéologie, bien que dégoûtante, je ne me suis pas contenté de la garder pour moi, je l'ai partagé avec d'autres radicalisés à l'époque. En revanche, je n'ai jamais aidé Khamzat Azimov, qui était mon meilleur ami. Je n'ai jamais justifié, y compris lorsque j'étais au plus fort de ma radicalisation, je n'ai jamais justifié un seul attentat", déclare-t-il.

Un mort et une dizaine de personnes poignardées

Le soir du 12 mai 2018, il est 20h42, lorsqu'un homme armé d'un couteau avec une lame de 6 centimètres hurle "Allahou Akbar" en pleine rue, dans le quartier de l'Opéra à Paris, et égorge un passant. Ce passant, Ronan âgé de 29 ans, sortait de la librairie où il travaillait lorsqu'Azimov lui saute dessus et le poignarde à dix reprises.

Ronan finit par lui échapper, et demande de l'aide avant de s'évanouir et de mourir quelques minutes plus tard en pleine rue.

Pendant ce temps-là, Azimov poursuit son périple meurtrier, et poignarde en s'acharnant et en hurlant "Allahou Akbar" tous les passants qu'il réussit à rattraper: un couple devant un restaurant, une femme qui se réfugie dans un angle de mur, son compagnon qui tente de s'interposer, une femme sans abri qui marchait à ce moment-là dans la rue, etc... 

Au total, il s'en prend à une dizaine de personnes et sème la terreur dans la rue, avant d'être tué par une patrouille de trois policiers. Le bilan est lourd: une personne est morte et cinq autres ont été gravement blessées.

Arrivé en France à l'âge de 5 ans

Concernant le profil de l'assaillant, Khamzat Azimov est né en 1997 en Russie, sur le territoire tchétchène. Il est arrivé en France en 2002 à l'âge de 5 ans et a obtenu la nationalité française en 2010, comme ses parents, réfugiés politiques, musulmans peu pratiquants. Après avoir vécu à Strasbourg avec sa famille, il a vécu dans un hôtel à Paris, avec sa mère et sa sœur .

Les investigations ont montré qu'il était en contact avec d'autres personnes radicalisées, adhérant aux thèses de Daesh. En avril 2017, il avait été entendu en garde à vue avec Abdoul Hakim Anaiev, après une tentative de départ en Syrie de la petite amie d'Anaiev.

Interrogés par les enquêteurs, ses anciens camarades ont décrit un jeune homme timide, aimable, insoupçonnable. Il avait passé un bac S, avant de tenter le concours de médecine en vain, puis de s'inscrire en prépa médecine.

Lors de son audition au lendemain de l'attentat, son père, après avoir visionné la vidéo d'allégeance et compris que son fils était réellement le terroriste, a brisé l'écran de l'ordinateur d'audition, et demandé pardon à la France "qui leur avait donné beaucoup de choses".

"Une forme de résurgence de la douleur"

Les avocats des personnes blessées évoquent le traumatisme de leurs clients. "Depuis l'attentat d'Arras, il y a une forme de résurgence de leur douleur. Une plaie qui était encore béante, mais qui s'est vraiment réouverte aujourd'hui", témoigne Me Carole Masliah, avocate de deux victimes blessées à coupe de couteaux ce soir-là, au micro de BFMTV.

Elle ajoute: "Mes clients cherchent à comprendre pourquoi à Opéra, un soir où il fait beau, où on se promène, la vie bascule à l'aveugle, pour rien. Simplement parce qu'ils sont Français et qu'un franco-tchétchène a décidé d'exécuter purement et simplement, à l'aveugle, des passants".

Le procès doit durer jusqu'au 31 octobre.