"Un coup bas": l'Union des victimes de Lubrizol dénonce la suppression de postes sur le site de Rouen

L'annonce passe mal en Normandie. Lubrizol France a réuni jeudi 6 février un comité social d'entreprise extraordinaire pour annoncer des suppressions de postes sur ses sites. En tout, 169 postes vont être fermés, dont 145 sur Rouen où le siège est installé.
Le groupe industriel, spécialisé dans la fabrication d'additifs pour lubrifiants et peintures, évoque un "projet de réorganisation d'une partie des activités de ses sites de Rouen et du Havre", qui aurait "pour objectif de faire face aux surcapacités de production" du marché européen.
Le nombre d'employés presque divisé par deux
Une annonce qui a provoqué l'indignation de Christophe Holleville, le secrétaire de l'Union des victimes de l'incendie, survenu le 26 septembre 2019 dans une usine de produits chimiques de Lubrizol. Il dénonce "un coup bas" vis-à-vis de ses ouvriers.
"C'est énorme, on divise quasiment par deux le nombre d'employés", a-t-il constaté, résigné, sur BFM Normandie vendredi, alors que le site rouennais compte en tout 367 postes. "C'est la suite logique de ce qui devait arriver... Le but est de faire des bénéfices en allant produire où le coût du travail est moins cher."
D'après des participants à ce CSE, Lubrizol France a annoncé que cette restructuration impliquait la délocalisation de 10% de l’activité du site de Rouen où sont produits ses additifs (3% vers le Havre et 7% vers un site hors d'Europe).
"Une ardoise colossale à la société"
"C'est un triste constat : Lubrizol n'a pas payé sa dette à la société et est en train de faire un coup bas à ses propres employés qui lui ont permis de gagner des millions", a déploré Christophe Holleville, pour qui les bilans cumulés de l'entreprise chiffrent les bénéfices à 361 millions d'euros sur les cinq dernières années.
"En plus de licencier des employés et peut-être d'un jour fermer le site, Lubrizol aura laissé une ardoise colossale à la société et potentiellement quelques cancers", a-t-il ajouté.
La combustion de près de 10.000 tonnes de produits chimiques dans l'incendie de 2019 n'avait fait aucune victime mais provoqué toux, gêne respiratoire, irritation, mal de gorge, nausées et vomissements chez une partie de la population.
Un rapport de suivi de l'université de Rouen a ensuite mis en évidence la présence de huit substances classées "cancérogènes et mutagènes, perturbateurs endocriniens et/ou reprotoxiques" dans l'environnement "reliables uniquement à l'incendie".
Vers un départ du territoire français ?
En Normandie, cette annonce de suppressions de postes donne de l'épaisseur à la thèse d'un départ prochain de Lubrizol du territoire français. Dans ce cas, la question serait de savoir qui répondra aux conséquences de la catastrophe lors d'un éventuel procès.
"Si un jour Lubrizol part, on sera peut-être condamnés à dépolluer le site avec nos impôts", interpelle également Christophe Holleville sur BFM Normandie.
Lubrizol a accumulé de nombreuses difficultés comme la baisse du marché des véhicules thermiques, la perte de marchés en Russie, les effets post-Covid ou la concurrence croissante de la Chine. Dans un communiqué, elle indique néanmois que ce projet de restructuration pourrait mener "à la création de neuf postes".
Dans un message commun, plusieurs élus de la métropole de Rouen, dont le maire PS de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, ont critiqué "le manque d'anticipation sur la nécessaire transition écologique de cette industrie, et la délocalisation d'une partie de la production dans des pays moins exigeants en termes de normes environnementales".
Dans ce courrier adressé à la ministre chargée du travail Astrid Panosyan-Bouvet, les élus locaux réclament au gouvernement de soutenir les demandes de reclassement des salariés et de limiter la possibilité pour les groupes industriels installés en France de délocaliser.













