Nuage de sable du Sahara: le phénomène est-il de plus en plus fréquent?

Nice sous un ciel chargé de sable du Sahara, le 30 mars 2024 - Valery HACHE / AFP
Un nuage ocre au-dessus de la France. À la faveur d'un flux d'air chaud venu d'Afrique subsaharienne, l'air va se charger ce week-end de particules de sable du Sahara. De quoi teinter la couleur du ciel au-dessus d'une partie de la métropole et, selon la météo, former ces dépôts caractéristiques que l'on retrouve sur les toits des voitures.
Ce nuage de sable arrive sur l'Hexagone après qu'un manteau orangé a déjà recouvert le Sud-Est du pays à la fin du mois de mars. De Nice à Lyon, les habitants ont vu leur paysage se transformer. "De mémoire de météorologue, je n'ai jamais vu autant de dépôt de sable en tout cas sur les voitures ou les terrasses", confiait le météorologue Paul Marquis à BFM DICI.
Un phénomène fréquent ces dernières années
Le phénomène, qui touche aussi d'autres pays européens comme la Suisse ou la Grèce, n'a rien de nouveau. "C'est quelque chose qu'on a toujours observé, surtout en automne et au printemps", explique le météorologiste de BFMTV Guillaume Séchet, également fondateur de Météovilles.
"Lorsque les dépressions descendent très au sud, elles appellent de l'air chaud qui se charge de sable en raison des tempêtes qui surviennent dans les régions désertiques à cette période de l'année", explique le spécialiste.
Toutefois, ces dernières années ont semblé particulièrement propices aux nuages de sable. "Depuis 2020, on a eu quatre années consécutives avec plusieurs épisodes très intenses et très visibles. Davantage que les quelques années précédant 2020", confirme Vincent Guidard, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM).
"Il y a plus de conditions favorables dans le désert pour soulever la poussière d'une part, et pour la transporter jusqu'à l'Europe d'autre part", explique à BFMTV.com ce spécialiste de la pollution atmosphérique.
Le phénomène est cependant difficile à analyser sur le temps long. "Contrairement aux températures qu'on relève avec précision depuis plus d'un siècle et qui nous permettent d'observer des tendances, les poussières désertiques sont plus complexes à documenter", souligne Vincent Guidard.
Pas de lien clair avec le réchauffement climatique
Le constat est le même quand on interroge un lien éventuel avec le réchauffement climatique. "On manque de recul pour attribuer ce qui s'est passé depuis 2020 au réchauffement climatique et les modèles de projection climatique ne sont pas encore à un niveau de fiabilité suffisant pour prédire ce qui adviendra dans les prochaines années", poursuit le spécialiste du CNRM, qui précise que des recherches sur le sujet sont en cours.
"Aucune donnée fiable n'existe", abonde Guillaume Séchet, qui note toutefois que le réchauffement climatique peut multiplier et renforcer "des courants d'air venus du sud" et donc charrier plus de poussières des sables.
Selon le site de Météo-France, "c’est une circulation atmosphérique spécifique qui produit ce type de phénomène et il n’y a actuellement pas de résultats montrant une recrudescence de ce régime météorologique dans les projections climatiques".
Par ailleurs, les nuages de sable sont influencés par de nombreux facteurs qui "dépassent la météorologie pour rejoindre d’autres domaines: géographie, géologie, agronomie, urbanisme, etc", liste le service météorologique.











