"Une condition de survie": Michel Neyret raconte son incarcération dans le quartier VIP de la prison de la Santé

"Il fallait absolument que je sois protégé, mon profil n’était pas compatible avec une détention traditionnelle". L’ancien numéro 2 de la police judiciaire de Lyon, Michel Neyret, condamné en 2011 à huit mois de prison pour corruption et association de malfaiteurs, est revenu sur son incarcération dans le documentaire Ligne Rouge, baptisé "VIP, leur vie en prison" et diffusé lundi soir sur BFMTV.
"Pour moi, c’était une condition de survie", explique l’ancien flic, qui cumule des dizaines d’arrestations dans le milieu du grand banditisme, emprisonné au sein du quartier des vulnérables, surnommé quartier VIP, de la prison de la Santé à Paris.
Un accueil "personnalisé"
Ce quartier, où sont incarcérées les personnes dites "médiatiques" ou "vulnérables", se situe au troisième étage d’une des ailes de la prison. Il se compose de 18 cellules de 9 m2 chacune. La même superficie qu'une détention ordinaire. À l’intérieur, plaque vitrocéramique, frigidaire, télévision, sanitaire, toilettes et douches, et un téléphone fixe. Seul avantage, de taille, le détenu occupe seul sa cellule pour des questions de sécurité.
C’est au directeur de la prison que revient la décision d’incarcérer, ou non, un condamné au quartier VIP. Michel Neyret, l’ancien policier, a passé ses huit mois de détention dans ce quartier sécurisé. "Il était peu concevable qu’on me mette dans la détention générale", affirme l'ex-détenu qui se remémore ses premières minutes en prison.
"Lorsque les portes de la grille ouvrent, c’est un grand coup de blues, se remémore-t-il. Je rentre dans la cellule, je ne sais même pas si je prends le temps de me déshabiller. Je me mets sur le lit et j’essaye de m’endormir", se remémore Michel Neyret.
Mais l’information sur son incarcération s'ébruite. "Tous les détenus avaient appris par les chaînes d’information que Michel Neyret était incarcéré à la prison de la Santé, rapporte-t-il. J’ai donc eu droit à un accueil personnalisé."
Les insultes fusent, "ça criait mon nom tout au long de la nuit". "On essaye de faire le vide, mais bon, c’est hyper violent. Déjà, être détenu dans une cellule, c’est hyper violent et tout l’environnement très hostile, c’est angoissant", affirme l’homme.
Dans le quartier VIP, le prisonnier disposait d’un régime spécial. "Tous mes mouvements étaient contrôlés, prévus, programmés, finalisés, détaille l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise. Il ne fallait absolument pas que je rencontre un détenu. Et c’était très lourd pour l’administration pénitentiaire."
Il noue une amitié avec Samir Naceri
En raison des menaces, les déplacements des incarcérés du quartier des vulnérables sont contrôlés. Ils ne doivent croiser aucun autre prisonnier lors de leurs déplacements. Quartier VIP ne sous-entend néanmoins pas confort ou traitement de faveur. Le régime de détention est identique: même repas et même temps de promenade, mais à des horaires qui leur sont réservés.
Sur ses temps de promenade, Michel Neyret s’est lié d’amitié avec une personne bien connue du grand public, l’acteur Samir Naceri. "Dans la cour de promenade du quartier VIP, on est devant une façade de la maison d’arrêt avec des cellules et j’ai été aperçu en train de marcher", se remémore l’ancien flic.
"Je me faisais insulter très fort par les détenus. Et il s’est trouvé que je me suis fait insulter au moment où il était avec moi et il a dit: 'mais vous ne connaissez même pas son histoire, qu’est-ce que vous l’emmerdez. Nous, on a joué au chat et à la souris toute notre vie, si on est là, c’est qu’on l’a un peu voulu'."
"Ça a été le ciment qui a forgé une forte amitié", lance Michel Neyret pour conclure l’anecdote.
"C'est cataclysmique"
Si les journées sont longues en détention, les soirées sont pesantes. La nuit est une période particulièrement angoissante, les surveillants étant en effectif réduit.
"Vous vous dites, 's'il m’arrive quoi que ce soit, même physique, vous avez au moins deux heures avant que le gardien ne vienne voir si tout va bien. Vous avez un sentiment énorme d’étouffement", révèle l’ancien numéro 2 de la police lyonnaise.
Ce dernier a fait plusieurs crises d’angoisse la nuit. "Je me suis mis à prendre du Lexomil pour me détendre et faire en sorte que ces crises s’arrêtent."
Ces huit mois, passés derrière les barreaux, marquent l’homme de façon indélébile. Tout au long de sa carrière, Michel Neyret a passé les portes de nombreuses prisons, sans prendre conscience des conséquences de l’incarcération.
"J’avais une vision fugitive de ce que pouvait être la prison. Je rentrais à 14h, je sortais à 16h pour voir un détenu. On ne s’imprègne pas de l’univers carcéral", détaille-t-il.
Mais, "quand vous passez huit mois, 24/24h, et chaque jour 20h dans une cellule qui est fermée à clef, vous prenez conscience de ce qu’est l’univers carcéral."
Dans sa cellule, les souvenirs d’anciennes affaires remontaient. "Lorsque je réfléchissais à ça, je me suis dit 'dans les affaires qu’on traitait à la PJ, on avait souvent des condamnations à des peines très lourdes de prison'. Et là, j’essayais de me projeter sur ce que pouvait être une détention de ce type-là", explique Michel Neyret en marquant un long silence: "ça détruit une personne, c’est cataclysmique".













