Lapérouse
Anecdotes, ambiance Art déco et bœuf Wellington: 5 restaurants historiques pour voyager dans le temps à Paris
Refuges des stars de cinéma ou des hommes de lettres d'antan, appréciés pour leur ambiance festive ou culturelle, ces restaurants font partie intégrante du patrimoine parisien avec au menu, encore aujourd'hui, des grands classiques de la gastronomie tricolore.
Lapérouse, depuis 1766
C'est en 1766 que Monsieur Lefèvre, limonadier du roi Louis XV, fonde sa maison. On y vend du vin et on y sert quelques plats. Il faudra attendre le milieu du XIXe siècle pour que Jules Lapérouse, alors propriétaire du lieu, ne rebaptise l'adresse à son nom. Guy de Maupassant, Marcel Proust, Honoré de Balzac, Sarah Bernhardt, George Sand... Les plus illustres de leur temps sont passés de l'autre côté de cette façade extérieure bleue et boisée du 6e arrondissement de Paris.
Et à raison. Outre son ambiance feutrée qui invite tant à philosopher qu'à se détendre l'esprit, le restaurant a été le premier à obtenir trois étoiles Michelin en 1933. L'ère plus moderne du Lapérouse a quant à elle vu s'asseoir Jane Birkin, Woody Allen ou encore Orson Welles à ses tables.
Si le restaurant a connu des périodes de difficulté dans la seconde moitié du XXe siècle et a peiné à se renouveler, avec notamment la perte de ses étoiles Michelin, la "maison de plaisirs" renaît réellement à la fin des années 2010, sous l'impulsion de l'entrepreneur Benjamin Patou, fondateur du Moma Group, et d'Antoine Arnault du groupe LVMH.
La table retrouve ses lettres de noblesse grâce à une équipe en or: l’architecte d’intérieur Laura Gonzalez, la directrice artistique Cordelia de Castellane (Dior Maison et Baby Dior), le pâtissier Christophe Michalak et le chef étoilé Jean-Pierre Vigato.
En résulte un écrin aux multiples salons faits de tapisseries fleuries, de moulures, de chandeliers en cristal, de grands tableaux d'époque et de nappes rouges. La carte fait la part belle aux grands classiques de la gastronomie, avec des iconiques entre bœuf Wellington et sole au beurre meunière. La cave, qui a été sauvée de la grande crue en 1910, compte plus de 800 références.
51 Quai des Grands Augustins, Paris, 75006
La Tour d'Argent, depuis 1582
Inaugurée sous le règne d'Henri III en 1582, la Tour d'Argent règne sur Paris tant par son emplacement au 6e étage que par sa gastronomie. Henri IV y mangeait de l'anguille et du pâté de héron au XVIe siècle, le neveu du Cardinal de Richelieu y organisa un dîner où 40 invités ont dégusté 30 versions de boeuf, le Tsar Alexandre II, Guilllaume Ier et le Prince Otto von Bismarck s'y sont réunis en 1867 autour d'un menu en 15 temps… Difficile de faire plus historique.

En 1890, le maître d'hôtel et propriétaire Frédéric Delair impulse le canard au sang, dont la découpe à la volée, ne touchant pas le plat, figure aujourd'hui comme l'un des spectacles culinaires en salle les plus connus du monde. Le mets est encore aujourd'hui un incontournable de la table. En 1911, la famille Terrail rachète le restaurant. Et plus d'un siècle plus tard, en 2022, des travaux importants sont menés, sous la houlette de l'architecte Franklin Azzi.

Dans ce décor chic porté par une vue sur tout Paris, les convives dégustent les plats de Yannick Franques. Quenelle de brochet, foie gras d'oie des trois empereurs, filet de sole sauce au vin... Les plats sont impeccablement réalisés grâce à un savoir-faire historique en cuisine et en salle.
15 Quai de la Tournelle, Paris, 75005
Café de la Paix, depuis 1862
Face à l'Opéra Garnier, le Café de la Paix a été inauguré en 1862, en même temps que le Grand Hôtel. Dès l'ouverture, la soupe à l'oignon est à la carte. Guy de Maupassant, Victor Hugo, Ernest Hemingway, Oscar Wilde, Émile Zola, Marlène Dietrich, John Travolta… Tous y ont trouvé refuge. Même le Prince de Galles Edouard VII. Pendant la Première Guerre mondiale, le Café de la Paix voit défiler des soldats. En 2021, le restaurant est restauré par l'architecte Pierre-Yves Rochon qui insuffle un air de nouveauté tout en préservant l'héritage du lieu.

On y trouve des colonnes cannelées, des plafonds à caissons ornés de ciel peints et des fauteuils Louis XVI tapissés pour la salle côté Boulevard des Capucines, et une atmosphère de jardin d'hiver avec des imprimés de feuillages et un mobilier en chêne du côté de la place de l'Opéra.

En termes de gastronomie, le chef Laurent André supervise les cuisines avec talent, porté par ses formations auprès d'Alain Ducasse et Alain Chapel. On apprécie sa proposition de fruits de mer et ses menus du marché qui évoluent au gré des saisons. Pour ceux qui souhaitent se plonger dans l'histoire du restaurant, le menu signature propose un florilège des plats emblématiques, avec le foie gras, le dos de maigre, le tournedos et la crème brûlée.
5 Place de l'Opéra, Paris, 75009
Drouant, depuis 1880
Fondé en 1880 par Charles Drouant, ce café imprégné par l'atmosphère de la Belle Époque est rapidement devenu un lieu de rencontre intellectuelle et artistique. En 1914, l'écrin devient l'adresse de référence de l'Académie Goncourt et, six ans plus tard, celle du prix Renaudot. Au fil des décennies, le restaurant s'est magnifié, comme avec l'arrivée de l'escalier "Ruhlmann" en 1924. Presque 100 ans plus tard, Drouant se voit sublimer par Fabrizio Casiraghi qui propose une décoration patrimoniale modernisée.

Toujours dans cette ambiance Art déco, la table présente des boiseries en noyer, des sols en mosaïque de tavertin et des fauteuils d'époque réédités. Sans oublier le plafond Cocteau fait de moulures inspirées par l'univers marin. Que ce soit en terrasse, au rez-de-chaussée, dans les salons privés ou dans la bibliothèque, chaque repas au Drouant nous plonge dans une époque hautement culturelle et artistique.

A la carte, le savoir-faire d'antan n'a pas changé. Le chef Romain Van Thienen propose une cuisine bourgeoise et de saison qui rend hommage à la gastronomie traditionnelle. On se délecte d'un pâté en croute, de poireaux vinaigrette, d'artichauts barigoule, de saint-jacques sauce vin jaune, d'un filet de canard à partager et d'un vol-au-volant Albuféra. En dessert, on opte pour la mousse chaude au chocolat, le millefeuille et l'omelette norvégienne.
16-18 Rue Gaillon, Paris, 75002
Le Fouquet's, depuis 1899
Née à l'aube du XIXe siècle, la brasserie Fouquet's est synonyme de l'effervescence de la ville lumière et de la gastronomie tricolore. Connu pour ses auvents rouges aux lettres d'or, le restaurant a accueilli le Tout-Paris et les plus grandes célébrités du cinéma lors du dîner annuel proposé après la cérémonie des César, qui a lieu ici depuis des décennies.
On s'assoit sur des fauteuils de velours rouges face à une table parfaitement nappée. Le tout lové dans des boiseries et des photos de stars toutes époques confondues accrochées au mur. Glamour et élégance émanent de ce lieu historique.
Le Fouquet's, développé à l'international, doit sa renommée moderne à Pierre Gagnaire, qui pilote les cartes de l'ensemble de la marque. Le chef étoilé s'attarde à revisiter des grands classiques, comme l'escargot, la sole meunière, le tartare, la soupe à l'oignon, la blanquette de veau et les macaroni à la truffe. Pour les douceurs, encore des incontournables: crêpes suzette réalisées en salle, millefeuille et profiteroles.
46 avenue George V, Paris, 75008











