Trois questions pour comprendre la procédure de destitution lancée contre Donald Trump

Pour la première fois depuis son arrivée à la Maison Blanche, les démocrates ont lancé mardi une enquête officielle en vue d'une procédure de destitution (impeachment, en anglais) de Donald Trump. Ce dernier a répliqué, comme à son habitude sur Twitter, pour dénoncer "une chasse aux sorcières de caniveau". Procédure très rare dans l'histoire des États-Unis -elle ne s'est produite qu'à trois reprises-, elle a peu de chances d'aboutir.
• Qu'est-ce que l'affaire ukrainienne?
Toute cette affaire a éclaté lorsqu'un mystérieux lanceur d'alerte, membre des services de renseignements américains, a fait en août un signalement à sa hiérarchie concernant une conversation téléphonique entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Dans cette dernière, le président américain aurait fait pression sur son homologue ukrainien pour enquêter sur Joe Biden, son adversaire potentiel aux prochaines élections, et son fils Hunter, sur une possible affaire de corruption lorsque ce dernier travaillait pour un groupe gazier ukrainien. Donald Trump aurait utilisé l'aide militaire destinée à l'Ukraine comme moyen de pression.
• Pourquoi maintenant?
Le 9 septembre, l'inspecteur général des services de renseignements a informé le Congrès qu'il avait été saisi un mois plus tôt d'un problème "urgent" par un lanceur d'alerte "crédible". Mais l'administration de Donald Trump a refusé de transmettre aux parlementaires le contenu de ce signalement.
Dimanche, le président américain a reconnu publiquement avoir mentionné le favori de la primaire démocrate pour la présidentielle de 2020 et son fils, lors d'une conversation téléphonique avec Volodymyr Zelensky cet été. Concernant l'éventuelle pression, il s'est défendu en déclarant vouloir retirer l'aide financière à l'Ukraine parce qu'il voulait que "d'autres pays mettent de l'argent", notamment les Européens. La retranscription de cette conversation controversée a été publiée ce mercredi par la Maison-Blanche. Elle atteste bien d'une demande faite par Donald Trump à son homologue ukrainien d'enquêter sur son rival Joe Biden.
"Il y a un ras-le-bol du côté démocrate depuis le 9 novembre 2016. Il y a une crise qui se manifeste à chaque fois que quelque chose rebondit dans la politique américaine. Le muslim ban, le jour où James Comey a été viré du FBI, les relations tarifiées avec une prostituée... C'est un point de non-retour", explique sur le plateau de BFMTV Jean-Eric Branaa, maître de conférences en politique américaine à Paris II.
• La procédure de destitution a-t-elle une chance d'aboutir ?
Mardi soir, la cheffe des démocrates au Congrès américain Nancy Pelosi a donc annoncé l'ouverture d'une mise en accusation solennelle de Donald Trump. Il s'agit de la première étape pour cette -longue- procédure de destitution.
L'enquête est alors confiée au comité juridique de la Chambre des représentants, qui doit réunir des preuves contre le président. S'il y en a assez, ce qui n'était par exemple pas le cas pour Richard Nixon en 1974, la Chambre procède à un vote, à la majorité simple (ce qui représente 218 représentants). Les Démocrates étant majoritaires, ils pourraient remporter cette seconde étape.
Ensuite, la procédure arrive au Sénat, chargé de voter les articles de mise en accusation. Pour que la procédure aboutisse, il faudrait alors que trois quarts des sénateurs américains optent pour la destitution. Cela ne devrait pas se produire, sachant que le Sénat est à majorité républicaine. Donald Trump estime donc finalement que la procédure va servir sa campagne pour un nouveau mandat en 2020.













