Obama nous a déçus, mais on vote pour lui

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC - -
L'équation Obama est particulière. Il est, depuis Kennedy, le président américain le plus admiré, le plus aimé dans le monde. Mais on attendait tellement de lui (jusqu'à l'irrationnel) qu'il ne pouvait que décevoir. C'est ce qui s'est passé. Aux USA, à cause de la crise, où il n'a pas eu les résultats espérés - le chômage dépasse 8 %, la reprise n'est pas là. Et le reste du monde peut lui en vouloir de s'être enferré en Afghanistan, de n'avoir pas fermé Guantanamo, d'avoir cédé devant la finance. En fait, si Obama a réconcilié l'Amérique avec le monde, c'est plus par l'image que par l'action.
Mais, dans ce cas, pourquoi les Européens l'apprécient-ils autant - plus que les Américains eux-mêmes, puisque les sondages aux États-Unis le donnent au coude-à-coude avec Romney ?
Parce qu'il correspond au stéréotype de l'Amérique que les Européens apprécient - et surtout les Français. Il a autant d'allure qu'un acteur d'Hollywood, il est le symbole d'une société multiculturelle et tolérante, avec en plus un parcours très "méritocratique" de fils du peuple d'origine immigrée qui a fait des études brillantes et qui a réussi. Plus que le rêve américain, c'est l'Amérique de nos rêves. Nous, Européens, nous voyons de lui ce qu'il a de meilleur : son charisme, son ouverture au monde. Et nous fermons les yeux sur le reste : de l'arrogance, une certaine frilosité sur la scène internationale et beaucoup, beaucoup de communication...
Pour ce qui est de la communication, il est aussi un produit du système américain, où les campagnes sont des shows incroyables...
Incroyables et indécents. Quand on sait que près de 50 millions d'Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté, ces conventions délirantes, ce déluge de spots TV qui vont jusqu'à la calomnie, ces montagnes d'argent dilapidé en réunions, en dîners et en feux d'artifice, tout cela est révoltant. Nos campagnes présidentielles, à côté, ressemblent à des fêtes de village. La loi américaine ne fixe aucune limite aux levées de fonds - et Obama en bénéficie presque autant que Romney, bien qu'il ait dénoncé ce système. De ce point de vue, il y a chez lui un mélange bien français : il a la rouerie d'un François Hollande et le sens du spectacle d'un Nicolas Sarkozy...
Il semble que l'élection sera très serrée. À votre avis, est-ce qu'Obama peut perdre ?
Il reste populaire et les Américains n'oublient pas la traque réussie de Ben Laden. Et dans les fameux "swing states", où l'élection se joue, c'est lui qui a pour l'instant l'avantage. Donc sa victoire est probable - surtout, elle est souhaitable. Parce que son challenger, Mitt Romney, est une caricature d'ultraconservateur et d'ultralibéral, qui veut interdire l'avortement et couper dans tous les budgets sociaux. Et aussi parce que, si Obama a un second mandat, il devra faire ce qu'il n'a pas fait durant le premier, pas plus qu'aucun dirigeant dans le monde : s'attaquer à la spéculation dans les banques, qui est à la racine de la crise. Contre la finance folle, il a donné de la voix. Il lui reste à montrer la voie.
Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 6 septembre, cliquez ici.













