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Nouvelles manifestations malgré le couvre-feu en Egypte

Place Tahrir, au Caire, épicentre de la contestation en Egypte. Des milliers de personnes sont redescendues samedi dans les rues de la capitale et d'Alexandrie, réclamant la démission d'Hosni Moubarak et rejetant son appel au dialogue. /Photo prise le 29

Place Tahrir, au Caire, épicentre de la contestation en Egypte. Des milliers de personnes sont redescendues samedi dans les rues de la capitale et d'Alexandrie, réclamant la démission d'Hosni Moubarak et rejetant son appel au dialogue. /Photo prise le 29 - -

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par Patrick Werr et Alison Williams LE CAIRE (Reuters) - Des milliers d'Egyptiens sont redescendus samedi dans les rues du Caire et d'Alexandrie,...

par Patrick Werr et Alison Williams

LE CAIRE (Reuters) - Des milliers d'Egyptiens sont redescendus samedi dans les rues du Caire et d'Alexandrie, réclamant la démission d'Hosni Moubarak et rejetant son appel au dialogue.

Au cinquième jour d'un mouvement de contestation sans précédent contre le régime du raïs, au pouvoir depuis trente ans, l'appel à l'armée et l'extension du couvre-feu, pas plus que la première intervention publique de Moubarak tard vendredi soir à la télévision, n'ont ramené le calme.

Plusieurs milliers de personnes ont regagné samedi la place Tahrir, épicentre de la contestation dans le centre du Caire dont l'armée avait repris le contrôle la nuit précédente.

Ils ont vu en chemin les stigmates des affrontements de la veille. Des débris, des pneus incendiés, des cageots en bois calcinés jonchaient le sol. Incendié la veille, le siège du parti au pouvoir, le Parti national démocrate (PND), brûlait toujours samedi matin. L'aube a révélé des scènes de chaos au Caire, avec des magasins saccagés et des bâtiments endommagés par les flammes.

Agitant des drapeaux, levant leurs bras en cadence, les opposants ont réitéré leur appel à la démission de Moubarak. "Le peuple exige que le président soit jugé", scandaient-ils.

"Nous ne voulons pas d'un changement de gouvernement, nous voulons qu'ils s'en aillent tous, Moubarak le premier", explique Saad Mohammed, un soudeur de 45 ans croisé place Tahrir, faisant référence à la seule annonce concrète de l'allocution télévisée d'Hosni Moubarak.

"MENSONGES ET PROMESSES CREUSES"

Les soldats déployés aux abords de la place, appuyés par des blindés, ont assisté à la scène mais ne sont pas intervenus.

"Tout ce qu'il a dit (ndlr, vendredi soir), ce n'était que mensonges et promesses creuses", dénonce Mahmoud Mohammed Imam, un chauffeur de taxi de 26 ans. "C'est la révolution d'un peuple qui a faim, c'est la révolution d'un peuple sans argent contre ceux qui accaparent les richesses", ajoute-t-il.

Selon la chaîne de télévision Al Djazira, la police a cependant ouvert le feu sur un millier de manifestants qui tentaient de prendre d'assaut le ministère de l'Intérieur, au Caire.

A Alexandrie, autre foyer de la contestation, sur la côte méditerranéenne, des milliers de manifestants ont affronté la police. Les forces de l'ordre ont répliqué à balles réelles et à coups de grenades lacrymogènes, a rapporté un journaliste de Reuters.

A Suez, une centaine de personnes se sont rassemblées samedi devant la morgue de cette ville stratégique de l'est de l'Egypte située en bordure du canal, où, selon elles, se trouvent les cadavres de 12 personnes tuées la veille lors des manifestations hostiles au gouvernement.

Entré en vigueur vendredi sur décret du président Hosni Moubarak, le couvre-feu a été étendu samedi pour les villes du Caire, d'Alexandrie et de Suez, où il court désormais de 16h00 (14h00 GMT) à 08h00 (06h00 GMT).

Et l'armée égyptienne a prévenu samedi par communiqué que quiconque violerait le couvre-feu imposé pour faire face au mouvement de contestation serait en danger.

Mais ils étaient encore des milliers dans les rues du Caire et d'Alexandrie quand le couvre-feu a débuté, samedi en fin d'après-midi.

Selon un décompte établi par Reuters sur la base des chiffres fournis par des sources médicales et hospitalières et par des témoins, au moins 74 personnes sont mortes en Egypte depuis le début du mouvement de contestation, mardi dernier, dont 68 pour la seule journée de vendredi au Caire, à Suez et à Alexandrie.

On compterait également 2.000 blessés, mais aucun chiffre officiel n'a été fourni et le bilan réel pourrait être différent étant donné la confusion régnant dans le pays.

Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français