BFM

Législatives en Israël: un scrutin aux airs de duel

BFM Robin Verner
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. - RONEN ZVULUN / POOL / AFP

Télécharger la nouvelle application BFM
Le monde selon Trump
Ce mardi, un peu plus de six millions d'Israéliens se rendent dans les bureaux de vote pour choisir les 120 députés de leur nouvelle Knesset. L'élection doit surtout départager Benjamin Netanyahu, Premier ministre depuis dix ans, et son rival, le novice Benny Gantz, au sortir d'une campagne d'une grande violence lors de laquelle la gauche n'a jamais existé. BFMTV.com fait le point sur les différentes dimensions de ces suffrages.

C'est une élection qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Ou plus exactement pas avant novembre prochain. Mais en décembre dernier, le Premier ministre en poste, Benjamin Netanyahu, a décidé de provoquer des législatives anticipées. L'homme se sentait fort après une décennie de pouvoir et avait besoin de se sortir de l'ornière judiciaire dans laquelle il commençait à s'enfoncer. Résultat? Il risque de faire voler en éclats sa fragile majorité à l'occasion du scrutin parlementaire organisé ce mardi et de voir son gouvernement, tenant d'une droite dure, être remplacé par un néophyte de la scène politique locale, Benny Gantz, et son équipe relevant d'une droite plus recentrée. 

  • Comment se déroule le scrutin? 

L'élection parlementaire organisée ce mardi vise à renouveler la Knesset, la chambre unique du système politique israélien, en y installant la 21e législature. 6,3 millions d'Israéliens sont convoqués aux urnes et y éliront les 120 députés, les désignant parmi 39 listes différentes. Selon le site d'information Times Of Israël, 14 formations politiques pourraient envoyer un ou plusieurs représentants dans les prestigieux gradins. Il faut cependant, pour ce faire, dépasser un seuil fixé à 3,25% des suffrages exprimés, comme le rappelle ici le site Foreign Policy. 

Les citoyens de l'Etat hébreu peuvent voter depuis 7 heures ce mardi et jusqu'à 22 heures, horaire de fermeture des près de 10.000 bureaux de vote ouverts à cet effet. Les résultats définitifs pourraient en revanche n'être communiqués que jeudi. 

  • Verdict (électoral) pour Benyamin Netanyahu 

Depuis dix ans, et son accession à la tête du gouvernement à l'issue du scrutin de 2009, Benyamin Netanyahu, leader du Likoud, est le visage d'Israël. Les trois mandats qui se sont succédé avaient en plus été précédés par un premier passage à la fin des années 90 à Beit Aghion, la résidence officielle du Premier ministre, sise à Jérusalem. 

Une nouvelle victoire de cet homme à présent âgé de 69 ans, donc un cinquième mandat, lui permettrait de battre, et ce dès le mois de juillet, le record de longévité de David Ben Gourion aux affaires. Mais en-dehors de ces quelques chiffres, le tableau se complique pour Benyamin Netanyahu.

Partisan d'une ligne particulièrement droitière et dure notamment en ce qui concerne les Palestiniens, il divise profondément l'opinion publique mondiale, ainsi que la communauté internationale, malgré sa grande proximité avec Donald Trump. Mais c'est son agenda judiciaire, de plus en plus chargé, qui a le plus obstrué sa campagne. 

Ainsi, en février dernier, au cours d'une procédure au long cours déjà, le procureur général a annoncé son intention (qui n'a cependant pas encore été concrétisée) d'inculper Benyamin Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires différentes, conjuguant arrangements entre amis, réceptions de coûteux cadeaux et tentative de subornation de médias. Ce volet a beaucoup fait pour façonner cette élection en une forme de référendum pour ou contre Benyamin Netanyahu. 

  • Le match contre Benny Gantz

Mais pour perdre, encore faut-il pouvoir être battu par quelqu'un. Or, cette fois-ci, il doit affronter celui qui semble être son adversaire le plus sérieux en dix ans d'exercice du pouvoir, selon la presse locale. Ce dernier a pour nom Benny Gantz. Et si Benyamin Netanyahu est souvent dépeint comme un va-t-en-guerre par ses détracteurs, son rival n'a pas non plus le profil d'un antimilitariste. Âgé de 59 ans, il est un ancien parachutiste, ex-commandant d'une unité de forces spéciales et un ancien chef d'Etat-major. Il a aussi incorporé à son équipe, et à d'éminentes positions, plusieurs anciens responsables de Tsahal, l'armée israélienne. 

Benny Gantz s'affirme comme le candidat de l'Alliance Bleu-Blanc, qui se revendique du centre-droit. Signe supplémentaire d'une fragilisation de Benyamin Netanyahu, comme de son opposition traditionnelle d'ailleurs, Benny Gantz ne tenait aucune place dans le débat politique israélien il y a six mois. Ce qui n'a pas l'air de rassurer le chef du gouvernement. Dans une campagne à l'ambiance souvent délétère, il a semblé jouer la surenchère. Il a obtenu de son allié américain sa reconnaissance d'une souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, au détriment de la Syrie. Acquisition territoriale toujours: Benyamin Netanyahou a promis qu'en cas de succès cette semaine, il annexerait les colonies israéliennes de Cisjordanie. Se posant en rempart sécuritaire, il a accusé son adversaire de faiblesse sur ce chapitre. Assurant de surcroît que Benny Gantz était "de gauche", il a proclamé que la droite était "en danger". 

Le patron de l'Alliance Bleu-Blanc, qui n'a d'ailleurs pas affiché de grande rupture avec le programme de Benyamin Netanyahu sur la question palestinienne, a lui aussi durci les coups. Sur Army Radio, il a rétorqué: "Ce n'est pas la droite qui est en danger, c'est Netanyahu qui l'est. Ce n'est pas une question de sécurité qui se pose, mais de justice". 

  • Que disent les sondages? 

Les enquêtes d'opinion ont plusieurs fois donné le Likoud battu, bien que de peu, par l'attelage piloté par Benny Gantz. Mais vendredi dernier, le dernier sondage autorisé a placé les deux listes à égalité parfaite avec une projection leur accordant 28 sièges à tous les deux. Benyamin Netanyahu n'a sans doute pas oublié, de plus, qu'aux législatives de 2015 les bulletins de vote avaient contredit les enquêtes défavorables. Alors que le Likoud était jaugé quatre sièges derrière l'Union sioniste, de centre-gauche, il l'avait finalement surpassée de six sièges. 

Mais cette jurisprudence n'exclut pas les motifs d'inquiétude possibles. Ainsi, la dégradation de son image, et l'usure du pouvoir, peuvent lui faire craindre une érosion de sa base, voire un éparpillement vers des petits partis de droite ou d'extrême droite. 

Pour Netanyahu et les siens, le salut pourrait bien résider ailleurs qu'au sein du Likoud. En effet, ce dernier semble mieux placé que l'Alliance Bleu-Blanc de Benny Gantz pour former une coalition à même de constituer une majorité, une nécessité au vu des estimations qui les placent l'un et l'autre bien loin des 61 sièges sur 120. Et les tractations devraient être longues et ardues. Selon les observateurs, la formation du gouvernement pourrait bien n'intervenir qu'à la fin du mois de mai, voire au début du mois de juin. 

  • La disparition de la gauche 

Si le scrutin se ramène désormais à une opposition de deux formations de droite, voire de deux hommes, c'est avant tout qu'une moitié de l'échiquier politique israélien a disparu corps et bien. La gauche est aussi invisible qu'inaudible et paraît avoir les plus grandes peines à marquer l'esprit des électeurs. Les travaillistes, principal force de gauche, et qui gouvernaient régulièrement l'Etat hébreu des années 60 jusqu'à l'orée des années 2000, sont pointés autour de onze sièges dans le dernier sondage. Dans la dernière assemblée, ils ne disposaient déjà que de 19 députés.