Le président kenyan Uhuru Kenyatta se rend devant la CPI à titre "privé"

Le président kenyan Uhuru Kenyatta (centre) à Nairobi, le 6 octobre 2014. - Simon Maina - AFP
Le président kényan Uhuru Kenyatta était en route mardi pour La Haye, pour une comparution inédite devant la Cour pénale internationale (CPI) le lendemain. Uhuru Kenyatta, accusé de crimes contre l'humanité pour sa responsabilité présumée dans les violences post-électorales de fin 2007 et début 2008 dans son pays, a annoncé répondre à la convocation de la CPI à titre personnel et non comme chef de l'Etat. Il a délégué ses pouvoirs à son vice-président William Ruto le temps de son séjour à La Haye.
Mardi matin, il a embarqué sur un vol régulier de Kenya Airways, accompagné de sa femme et d'un de ses enfants. Trois ministres et six députés font également le voyage avec lui. Selon un responsable de la présidence kényane, Uhuru Kenyatta a payé lui-même son voyage. "Comme il l'a clairement dit lundi, il ne voyage pas en tant que président, donc les coûts ne sont pas assumés par l'Etat", a expliqué cette source sous couvert d'anonymat.
Premier chef d'Etat à comparaître durant son mandat
Mercredi, Uhuru Kenyatta, 52 ans, deviendra néanmoins le premier chef d'Etat à comparaître durant son mandat devant la CPI. Il a déjà comparu une fois devant la CPI, mais avant son élection à la magistrature suprême en mars 2013. Depuis, son procès a été reporté à plusieurs reprises, notamment en raison de la rétractation de plusieurs témoins importants.
La probabilité que ce procès ne s'ouvre un jour n'a cessé de se réduire au fil des mois, surtout depuis que l'accusation a demandé son report sine die, faute de preuves suffisantes. Mercredi, Uhuru Kenyatta doit assister à la "Conférence de mise en état" à la CPI, qui doit examiner cette requête du procureur Fatou Bensouda, ainsi que la demande formulée en réponse par la défense - abandonner les poursuites.
Déplacement à La Haye en tant que "citoyen privé"
A La Haye, les procureurs ont demandé aux juges de sanctionner le Kenya pour son manque de coopération lors de l'enquête. Le parquet veut consulter les comptes bancaires de Uhuru Kenyatta, ses déclarations fiscales et les relevés de ses appels téléphoniques passés pendant la période des violences post-électorales de décembre 2007. Ces violences qui avaient éclaté après la victoire annoncée et largement contestée du président sortant Mwai Kibaki à la présidentielle avaient fait plus de 1.000 morts et 600.000 déplacés.
Si les juges établissent que le Kenya ne coopère pas suffisamment, la requête pourrait être portée devant l'Assemblée des Etats membres de la CPI. Des observateurs considèrent cependant que l'Assemblée ne pourrait que condamner les faits, et qu'un tel geste n'aurait aucun effet sur le Kenya. Le procureur général du Kenya Githu Muigai, qui représente son pays à l'audience, a vigoureusement démenti ces accusations.
La décision d'Uhuru Kenyatta de se rendre à La Haye, mais de le faire en tant que "citoyen privé", était perçue mardi par les médias kényans comme une habile façon d'échapper à une comparution "humiliante" pour le chef de l'Etat, tout en évitant au pays de se transformer en "nation paria".













