Le G20 resserre les rangs et renvoie à 2011 pour le reste
par Alex Richardson et David Ljunggren
SEOUL (Reuters) - Les dirigeants du G20 ont resserré les rangs vendredi en s'engageant à surveiller les déséquilibres dangereux pour l'économie mondiale mais n'ont rien proposé aux investisseurs qui soit susceptible de les convaincre que le monde est mieux protégé des catastrophes économiques.
Au terme de deux journées de débats tendus et houleux, grandes puissances économiques anciennes et émergentes ont convenu d'établir de vagues "directives indicatives" destinées à rendre compte des déséquilibres entre elles.
Elles ont toutefois laissé à leurs ministres des Finances le soin d'être plus explicites à ce sujet dans le cadre de discussions qui auront lieu au premier semestre 2011.
Les marchés ont davantage réagi à la crise irlandaise qu'aux conclusions du sommet du G20.
Les cinq principales économies de l'Union européenne ont organisé une rencontre en marge du sommet pour tenter de rassurer les investisseurs, même si Dublin a jugé que des déclarations françaises et allemandes avaient plutôt aggravé les choses.
L'Irlande a aussi dû démentir la préparation d'un plan de sauvetage, comme la rumeur en a couru sur les marchés. La Commission européenne a dit une fois de plus qu'elle n'avait pas reçu la moindre demande d'assistance financière de la part de Dublin.
UN PEU POUR CHACUN
Le communiqué final du sommet de Séoul, le cinquième du G20 depuis la crise financière de 2008, ratisse large.
Les chefs d'Etat et de gouvernement s'y engagent à évoluer vers des taux de change qui soient davantage déterminés par le marché, référence implicite au yuan chinois dont les fluctuations restent encadrées par Pékin et que Washington juge indûment sous-évalué.
Ils rejettent également les dévaluations compétitives, une façon de prendre acte du fait que certains pays jugent que le nouvel assouplissement monétaire décidé par la Réserve fédérale au début du mois vise simplement à affaiblir le dollar.
Prenant acte des difficultés qu'ont les pays émergents à freiner les afflux de capitaux spéculatifs, le G20 leur donne son feu vert pour des mesures de contrôle des capitaux "soigneusement élaborées".
Il juge enfin qu'il existe une possibilité importante, mais limitée, de conclure les négociations commerciales du Cycle de Doha lancé en 2001 dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
"Le travail que nous accomplissons ici n'apparaît pas forcément toujours spectaculaire", a déclaré le président Barack Obama lors d'une conférence de presse donnée à l'issue du sommet.
"Ça ne peut pas changer le monde tout de suite à tous les coups mais ce que nous faisons, pas à pas, c'est de bâtir des mécanismes et institutions internationaux plus solides, qui permettront de stabiliser l'économie, d'assurer la croissance économique et de réduire certaines tensions."
Le président Nicolas Sarkozy a pour sa part parlé d'un "accord qui vaut mieux qu'un désaccord (mais) qui ne résout pas suffisamment les problèmes qui sont posés".
Après des semaines de joutes verbales, Washington et Pékin, deux capitales mises en cause à des degrés divers pour les déséquilibres mondiaux de la planète, ont tenté d'arrondir les angles.
"Les taux de change doivent refléter les réalités économiques (...) Les pays émergents doivent faire en sorte d'avoir des monnaies qui évoluent en fonction du marché", a encore dit Barack Obama. "C'est quelque chose que j'ai évoqué avec le président chinois Hu (Jintao) et nous surveillerons de très près l'appréciation de la monnaie chinoise."
FAIRE MIEUX LA PROCHAINE FOIS
Le communiqué final du G20 témoigne d'une tentative de reforger l'unité qui s'était faite jour lorsque la crise financière a éclaté. Mais les chefs d'Etat et de gouvernement ne se sont pas aventurés très au-delà de ce qui avait été convenu le mois dernier au niveau de leurs ministres des Finances.
Leurs "sherpas" ont travaillé jusqu'aux premières heures du jour vendredi pour élaborer un texte que leurs dirigeants puissent entériner, en dépit des divergences exprimées haut et fort dans les jours qui ont précédé le sommet.
Il demeure que les dirigeants du G20 n'ont pu se mettre d'accord sur la manière de déterminer à partir de quand les déséquilibres mondiaux représentent une menace pour la stabilité économique, renvoyant à des discussions sur une batterie d'indicateurs économiques témoins au premier semestre 2011.
"La crédibilité du G20 dépend vraiment de la production de résultats (...) On ne peut pas s'en sortir en faisant du chacun pour soi", a dit le Premier ministre canadien Stephen Harper. "Il faut au contraire continuer à coordonner nos actions; la reprise est fragile."
"Je ne pense pas que le fait que nous n'ayons pas résolu tous ces problèmes implique que nous rechuterons."
Pour Tim Condon, responsable de la recherche d'ING Financial Markets à Singapour, il est "difficile de ne pas être d'accord" avec les voeux exprimés par le G20 mais il n'a pas répondu aux attentes.
"Ils ont décidé de coucher par écrit bon nombre d'objectifs louables, dans l'espoir de faire mieux et d'accomplir davantage lors des futurs sommets", a-t-il dit.
Bureau du G20 à Séoul, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez













