La zone euro perd patience à propos de Chypre

Devant un distributeur de billets, à Nicosie. La zone euro perd patience et Chypre est désormais sommée de hâter le pas pour trouver une solution qui conviendra à ses partenaires européens, faute de quoi les banques locales risqueront l'asphyxie dès lundi - -
par Michele Kambas et Paul Carrel
NICOSIE/FRANCFORT (Reuters) - La zone euro perd patience et Chypre est désormais sommée de hâter le pas pour trouver une solution qui conviendra à ses partenaires européens, faute de quoi les banques locales risqueront l'asphyxie dès lundi, au risque d'un effondrement financier complet.
La BCE a exercé jeudi une pression supplémentaire sur les dirigeants chypriotes en prévenant que, faute de solution, elle cesserait le 25 mars de fournir une assistance de liquidités d'urgence.
"Ensuite, l'assistance de liquidités d'urgence ne pourra être envisagée que dans la mesure où un programme FMI/Union européenne aura été mis en place pour garantir la solvabilité des banques en question", a menacé la BCE, dans un communiqué.
Le coup de semonce intervient alors que la classe dirigeante chypriote tente d'élaborer un nouveau plan pour réunir des fonds après l'échec d'un premier projet rejeté à une immense majorité par les parlementaires chypriotes.
Selon le président de la Chambre des Représentants, le parlement chypriote, la piste d'une modification de la taxe sur les dépôts bancaires n'a pas été évoquée jeudi.
Averof Neophytou, vice-président du Rassemblement démocratique, le parti du président Nicos Anastasiades, a dit de son côté que les chefs de file des différentes formations politiques s'étaient accordés sur le principe d'un "fonds de solidarité". Il a indiqué qu'il n'était pas certain que le Parlement se prononce dès jeudi.
PERPLEXITÉ
A Bruxelles, où il s'exprimait devant la commission des Affaires économiques du Parlement européen, le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a défendu le principe de la taxation des dépôts bancaires, jugeant qu'un nouveau prêt russe ne réglerait pas la question de la dette.
D'une téléconférence de représentants des ministères des Finances de la zone euro ont filtré des détails exposant la perplexité des partenaires de Chypre face au comportement de sa classe politique.
Selon des notes prises durant cette réunion et que Reuters a pu consulter, la question d'une sortie de Chypre a été ouvertement évoquée. L'absence de représentant chypriote a troublé plusieurs participants et reflété l'ampleur de la confusion régnant dans le dossier.
"Le Parlement (chypriote) a de toute évidence une réaction trop émotionnelle et ne décidera rien, si Chypre pense ne même pas pouvoir participer à la téléconférence c'est un gros problème pour nous", a déclaré le représentant français, selon le compte rendu consulté par Reuters. "On n'a jamais vu ça", a-t-il encore dit.
Son homologue allemand a de son côté soulevé le besoin d'en savoir davantage sur les flux de capitaux entre Chypre, la Russie et le Royaume-Uni où vit une importante diaspora chypriote.
MOSCOU VEILLE AU GRAIN
Déjà fermés lundi, mardi et mercredi, les établissements bancaires chypriotes garderont portes closes jusqu'à mardi, lundi étant férié à Chypre.
A Moscou, le ministre des Finances chypriote Michael Sarris a dit négocier un éventuel accroissement des investissements russes dans les secteurs bancaire et énergétique du pays ainsi qu'une extension des maturité et une baisse des taux d'intérêt d'un prêt de 2,5 milliards d'euros consentis par la Russie.
L'implication du Kremlin, qui souhaite préserver l'intégrité des milliards d'euros d'avoirs russes à Chypre, complique encore le dossier.
"Les banques sont l'objectif final des soutiens que nous pourrions obtenir, donc il y aura soit un soutien direct aux banques ou un soutien que nous mettrions en place par le biais d'autres secteurs", a déclaré à Reuters Michael Sarris.
Selon lui, Chypre n'a aucun projet visant à augmenter sa dette ou d'emprunter davantage aux Russes.
La Russie, qui partage avec Chypre une forte culture orthodoxe, juge sévèrement le comportement de la zone euro. Son Premier ministre Dmitri Medvedev a ainsi déclaré mercredi que le bloc monétaire s'était comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaines et a comparé ses propositions à des mesures confiscatoires dignes de l'époque soviétique.
Signe de la volonté de Moscou de mettre tout son poids dans la balance, Dmitri Medvedev a prévenu jeudi matin que la Russie pourrait réduire la part en euro de ses réserves de change, qui était de 42% au 1er janvier.
Avec Lidia Kelly à Moscou et Luke Baker à Bruxelles, Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez













