Hosni Moubarak engage le bras de fer en Egypte

L'intervention télévisée, vendredi soir, d'Hosni Moubarak ne semble pas avoir calmé ses opposants, qui sont redescendus par centaines samedi dans les rues du Caire pour exiger son départ après quasiment 30 années au pouvoir./Image diffusée le 28 janvier 2 - -
par Edmund Blair
LE CAIRE (Reuters) - L'intervention télévisée d'Hosni Moubarak ne semble pas avoir calmé ses opposants, qui sont redescendus par centaines samedi dans les rues du Caire pour exiger son départ après quasiment 30 années au pouvoir.
Confronté à une contestation sans précédent inspirée par la révolution tunisienne, Hosni Moubarak s'est engagé vendredi soir à former un nouveau gouvernement au terme d'une journée de manifestations dans de nombreuses villes du pays qui a porté à au moins 24 morts et plus d'un millier de blessés le bilan des émeutes des derniers jours.
Le président égyptien a en revanche clairement laissé entendre qu'il ne démissionnerait pas.
Il a aussi ordonné le déploiement de l'armée et de ses blindés aux côtés de la police et un couvre-feu a été imposé, ce qui n'a pas empêché environ 2.000 manifestants de se réunir à nouveau samedi sur la place Tahrir, la grande place du centre de la capitale.
Le siège du parti au pouvoir, le Parti national démocrate (PND), brûlait toujours samedi matin après avoir été incendié la veille. L'aube a révélé des scènes de chaos au Caire, avec des magasins saccagés et des bâtiments endommagés par les flammes.
Des bâtiments gouvernementaux ont aussi été attaqués durant la nuit.
UN NOUVEAU PREMIER MINISTRE ATTENDU DANS LA JOURNÉE
Les affrontements qui ont eu lieu vendredi au Caire, à Suez et à Alexandrie, principaux foyers de la contestation, ont fait au moins 24 morts et plus d'un millier de blessés, selon des sources médicales.
La chaîne d'informations qatarie Al Djazira a rapporté, sans plus de précisions, que l'un de ses correspondants avait vu plus de 20 cadavres dans la seule Alexandrie.
"Ce n'est pas en incendiant et en attaquant des biens publics et privés que nous répondrons aux aspirations de l'Egypte et de ses fils, mais par le dialogue, la conscience et l'effort", a déclaré Hosni Moubarak dans son allocution télévisée.
Se disant fermement engagé sur la voie de réformes politiques et économiques, le président égyptien a dit comprendre les manifestations contre la corruption, la pauvreté et le chômage.
Le gouvernement va officiellement présenter sa démission ce samedi lors d'un conseil des ministres censé débuter à midi (10h00 GMT) et un nouveau cabinet sera formé très rapidement, a dit un porte-parole.
"Le président annoncera le nom du prochain Premier ministre. D'après ce que j'ai compris de ce qu'a dit le président, le gouvernement devrait être formé très rapidement aujourd'hui", a déclaré Magdy Rady.
"C'EST TOI QUI DOIS PARTIR"
La démission du gouvernement est perçue comme une initiative vaine par les manifestants.
"Il n'a jamais été question du gouvernement, mon Dieu. C'est toi (Moubarak) qui dois partir. Tu en as infligé assez au peuple", a dit l'un d'eux.
"Le peuple veut la chute du président", ont scandé des jeunes samedi matin sur la place Tahrir devant une caméra de Reuters Télévision.
Des blindés étaient alignés dans les rues menant à la place, qui portait encore les stigmates des affrontements de la veille. Des débris, des pneus incendiés, des cageots en bois calcinés jonchaient le sol.
Des voitures ont tout de même recommencé à circuler dans la capitale, qui manifestait quelques signes d'un retour à une vie presque normale malgré les dégâts visibles un peu partout.
Comme en Tunisie, les contestataires s'appuient sur internet et les téléphones portables pour diffuser leurs messages et s'organiser.
Le gouvernement a largement bloqué ces réseaux de communication.
Depuis près de 30 ans, Hosni Moubarak, 82 ans, est un allié des Etats-Unis dans la région.
Le président américain Barack Obama a déclaré vendredi avoir exhorté son homologue égyptien par téléphone à tenir ses promesses d'oeuvrer en faveur de la démocratie et d'entreprendre des réformes économiques et politiques.
La Maison blanche a prévenu vendredi que les Etats-Unis réexamineraient leur politique d'aide à l'Egypte sur la base des événements à venir.
Henri-Pierre André, Marine Pennetier et Bertrand Boucey pour le service français













