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Ben Ali annonce son départ en 2014

Le président Zine el Abidine ben Ali, qui fait face à une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1987, a annoncé jeudi soir qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2014 et a dévoilé une série de mesures visant à désamor

Le président Zine el Abidine ben Ali, qui fait face à une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1987, a annoncé jeudi soir qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2014 et a dévoilé une série de mesures visant à désamor - -

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par Tarek Amara TUNIS (Reuters) - Le président Zine el Abidine ben Ali, qui fait face à une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée...

par Tarek Amara

TUNIS (Reuters) - Le président Zine el Abidine ben Ali, qui fait face à une vague de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en Tunisie en 1987, a annoncé jeudi soir qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2014 et a dévoilé des mesures visant à désamorcer la crise.

Le chef de l'Etat, qui intervenait pour la troisième fois à la télévision depuis le début des troubles le 16 décembre, a notamment ordonné aux forces de sécurité de ne plus faire usage d'armes à feu contre les manifestants et annoncé une baisse du prix du sucre, du lait et du pain.

Il a également promis la liberté de la presse et la fin des mesures de fermeture de sites internet.

Ces annonces ont déclenché des scènes de joie dans les rues de Tunis malgré le couvre-feu.

Dans le quartier Lafayette, théâtre d'affrontements quelques heures plus tôt entre police et manifestants, des centaines de personnes sont descendues dans les rues. Au milieu des klaxons, des Tunisiens ont scandé "Vive Ben Ali" et "Merci Ben Ali" tout en agitant des drapeaux de leur pays.

"Nous sommes heureux parce qu'il a parlé le langage du peuple. Nous espérons que tous les mauvais souvenirs resteront dans le passé et que nous n'aurons que la liberté", a réagi Ramzi Ben Kraim, un étudiant de 22 ans.

LES TROUBLES GAGNENT TUNIS

Peu après l'allocution présidentielle, des sites internet bloqués depuis plusieurs semaines, comme les sites de partage de vidéos YouTube et Dailymotion, ont recommencé à fonctionner.

Ce discours télévisé à la nation a été diffusé au soir d'une journée marquée par de nouvelles effusions de sang et des troubles qui ont gagné le centre de la capitale, où cinq personnes au moins ont été blessées par balles lors d'affrontements avec la police.

La nuit précédente, malgré un couvre-feu, les heurts entre jeunes et policiers dans plusieurs quartiers tunisois ont fait un premier mort.

A Soliman, une ville côtière située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Tunis, des témoins ont fait état de la mort de deux jeunes gens tués jeudi par des policiers lors d'affrontements devant un commissariat de police.

Dans la ville de Sidi Bouzid, d'où sont partis les troubles, des témoins rapportent que plusieurs milliers de personnes ont défilé dans les rues.

D'après des témoins, des jeunes ont saccagé des boutiques de luxe dans la station balnéaire de Hammamet, où Ben Ali dispose lui-même d'une résidence, alors que l'économie tunisienne repose en partie sur le tourisme.

Des appels à "toutes les libertés" et des slogans antigouvernementaux, dénonçant des faits de corruption et une répression policière, sont apparus dans les manifestations, s'ajoutant aux revendications d'ordre économique.

Les autorités disent que les manifestations sont instrumentalisées par une minorité d'extrémistes qui veulent déstabiliser le pays.

"PAS DE PRÉSIDENCE À VIE"

"Je comprends les Tunisiens, je comprends leurs demandes. Je suis triste de ce qui se passe aujourd'hui, après 50 années au service de ce pays, mon service militaire, tous les différents postes, 23 années de présidence", a déclaré Ben Ali, qui s'exprimait - une première pour le président tunisien - en arabe dialectal et non classique.

Le chef de l'Etat, qui est âgé de 74 ans, a annoncé qu'il n'entendait pas être le président à vie du pays nord-africain et qu'il ne toucherait à la Constitution qui fixe à 75 ans l'âge maximal pour se porter candidat à la présidence.

"J'ai dit en 1987 qu'il n'y aurait pas de présidences à vie. Je le répète à présent: pas de présidences à vie. Je refuse de toucher à la Constitution, je ne changerai pas l'âge inscrit dans la Constitution", a-t-il dit.

Son discours semble avoir été bien accueilli.

Outre les scènes de joie signalées à Tunis, environ 4.000 personnes sont descendues dans les rues de Tataouine pour saluer les annonces présidentielles, selon un témoin.

Dans les villes de l'intérieur du pays, le coeur de la contestation, le calme régnait après plusieurs journées de tension.

A Gassrine, théâtre d'affrontements meurtriers avec la police, certains, comme Mohsen Nasri, un habitant interrogé au téléphone, ont tout de même regretté que le président n'ait pas un mot d'excuse à l'égard de la ville.

"Ce discours est politiquement important et correspond aux attentes de la société civile et de l'opposition", a réagi l'opposant Najib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP), dans une interview accordée à Reuters après l'intervention télévisée du chef de l'Etat ().

"UTILISATION DISPROPORTIONNÉE DE LA VIOLENCE", DIT FILLON

Le dernier bilan officiel de civils tués est de 23 morts, mais des mouvements de défense des droits de l'homme évoquent près de 40 morts, selon les Nations unies. Navi Pillay, Haute- Commissaire aux droits de l'homme de l'Onu (HCDH), a estimé que ce bilan humain était "manifestement la conséquence du recours à des mesures excessives, comme des tireurs d'élite et des tirs à l'aveugle sur des manifestants pacifiques".

Le gouvernement dit que la police n'a tiré qu'en cas de légitime défense, lorsque des émeutiers l'attaquaient avec des cocktails Molotov et des bâtons.

La France, ancienne puissance coloniale, a implicitement critiqué la gestion de la crise par les autorités. "Nous appelons instamment l'ensemble des parties à faire preuve de retenue et à choisir la voie du dialogue", a déclaré le Premier ministre, François Fillon, en déplacement à Londres. "On ne peut pas continuer dans cette utilisation disproportionnée de la violence."

Dans un communiqué, Amnesty International fait état d'arrestations de masse et de descentes nocturnes.

L'économie tunisienne, l'une des plus ouvertes aux investisseurs étrangers dans le Maghreb, commence à souffrir de cette instabilité inhabituelle. L'indice vedette de la bourse de Tunis, en baisse pour la quatrième journée d'affilée, a perdu 4% jeudi et atteint un plus bas de 12 mois.

Nicole Dupont, Clément Guillou, Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service français