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Autriche: un futur chancelier d’extrême droite?

BFM Caroline Loyer
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Le monde selon Trump
En Autriche, l’extrême droite est en tête des sondages pour les législatives qui se tiendront dimanche. Résultat d’une campagne radicale menée par le leader du FPÖ.

Le FPÖ, ou parti de la liberté d’Autriche, est en tête des sondages depuis plus d’un an pour les législatives qui se tiennent dimanche dans le pays. L’extrême droite y avait déjà réussi une performance historique lors des dernières élections européennes. Elle était arrivée première avec 25,5% des voix, devant les conservateurs et les sociaux-démocrates.

Fondé en 1955 par d'anciens nazis, le parti est, avec le Front national, l'un des premiers mouvements populistes de droite à s’être imposé en Europe. Il dispose aujourd’hui d’un ancrage électoral fort. En témoignaient déjà les régionales anticipées de 2022.

Un leader radical

Le parti doit aujourd’hui son succès à Herbert Kickl, 55 ans. Ce fils d’ouvrier rejoint le FPÖ alors qu’il est encore étudiant. Il en est la plume avant d’en devenir le cerveau. L’homme fut l’auteur des slogans "Trop d’étrangers ne fait de bien à personne" ou "L’Occident aux mains des chrétiens".

En 2018, il est propulsé ministre de l’Intérieur dans un gouvernement de coalition. Un an plus tard, le scandale de l'Ibizagate éclate. Une vidéo montre alors les deux principaux représentants du FPÖ prêts à se compromettre avec un oligarque russe en échange de financements. L’affaire fait tomber la coalition, torpille l’extrême droite et c’est Herbert Kickl qui la redressera.

Caroline Loyer : Un chancelier d'extrême droite en Autriche ? - 27/09
Caroline Loyer : Un chancelier d'extrême droite en Autriche ? - 27/09
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Aujourd’hui chef incontesté du FPÖ, il a fait le choix d’abandonner la politique de normalisation de son prédécesseur. Il revendique sa proximité idéologique avec l’AfD, l'extrême droite allemande, voit dans la politique de Viktor Orban un modèle… Tout en ayant pris ses distances avec le Rassemblement national et Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni.

Contruire une "forteresse"

Celui qui s’est auto-proclamé "Chancelier du peuple" dit vouloir transformer radicalement le système politique autrichien, et, au-delà, celui de l’Union européenne.

Provocateur assumé, Herbert Kickl, est partisan de la théorie du "grand remplacement". Il défend le concept de "remigration", promettant le renvoi de tous les migrants et la fin du droit d’asile.

L’homme veut transformer le pays en "forteresse" afin de lui rendre "l’homogénéité de son peuple".

A l’international, il défend une ligne prorusse depuis le début de la guerre en Ukraine, en s’opposant à toutes les sanctions européennes et à la livraison d’armes à Kiev.

Herbert Kickl peut-il accéder à la chancellerie?

Les chances sont minces malgré tout d'accéder au pouvoir. Selon Jérôme Ségal, maître de conférences à Sorbonne Université, spécialiste de l'Autriche, l’hypothèse d’un chancelier d’extrême droite reste peu probable.

"Le chancelier est nommé par le président. Le président fédéral, Alexander Van der Bellen, est un écologiste et jamais il n’accepterait un gouvernement avec à sa tête une personnalité d’extrême droite."

S’il l’emportait dimanche, le FPÖ aurait besoin d’alliés pour obtenir une majorité au Parlement. Le parti a déjà participé, par deux fois, à des coalitions avec la droite conservatrice mais les positions actuelles d’Herbet Kickl sont jugées trop clivantes par de nombreux cadres de l’ÖVP.

Reste que la classe politique est limitée, le nombre de formations est record pour ces législatives. La composition d’une prochaine coalition est donc très incertaine. L'Autriche, pourrait pour la première fois être gouvernée par au moins trois partis, aucune des formations en lice ne semblant en mesure de rassembler à deux la majorité des sièges au Parlement, comme c'était le cas jusqu'ici.