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Prison à perpétuité pour deux ex-chefs des Khmers rouges

BFM M. T. avec AFP
Les deux accusés Nuon Chea et Khieu Samphan, jeudi au tribunal de Phnom Penh, au Cambodge.

Les deux accusés Nuon Chea et Khieu Samphan, jeudi au tribunal de Phnom Penh, au Cambodge. - -

Ils ont été condamné pour "crime contre l'humanité". Le régime khmer rouge, qui a eu cours entre 1975 à 1979, a conduit à la mort un quart de la population du Cambodge. C'est le premier verdict emblématique rendu contre deux de ses chefs.

Nuon Chea et Khieu Samphan. Au Cambodge, ces deux noms font écho à un passé noir. Celui des Khmers rouges, le régime qui a conduit à la mort près de deux millions de personnes entre 1975 et 1979. Un passé que la justice tente aujourd'hui de rattraper: ces deux hommes, les plus hauts dirigeants du régime encore en vie, ont été condamnés jeudi à la prison à vie pour "crimes contre l'humanité".

Ce verdict, rendu par le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU, est le premier jugement emblématique contre ce régime. Les deux hommes ont été reconnus "coupables de crimes contre l'humanité, d'extermination, de persécution politique et d'autres actes inhumains". Notamment de déplacements forcés de population et de disparitions, qui étaient monnaie courante pendant ces quatre ans de terreur.

Un quart de la population morte en 4 ans

Après leur prise de pouvoir en avril 1975, les Khmers rouges ont vidé les villes, en application d'une utopie marxiste délirante visant à créer une société agraire, sans monnaie ni citadins. Sous ce régime, un quart de la population du Cambodge est morte d'épuisement, de maladie, sous la torture ou au gré des exécutions.

Nuon Chea, 88 ans, était l'idéologue du régime. Khieu Samphan, 83 ans, était le chef du "Kampuchéa démocratique", le nom que les Khmers rouges avaient donné à l'Etat cambodgien. Aucun d'eux n'a esquissé la mondre émotion à l'énoncé du verdict. Leurs avocats ont immédiatement annoncé qu'ils allaient faire appel.

"C'est injuste pour mon client", a déclaré Son Arun, avocat de l'idéologue du régime Nuon Chea. "La peine est trop sévère. Nous allons faire appel du verdict et de la peine", a renchéri Kong Sam Onn, avocat de Khieu Samphan.

Sous le coup d'un deuxième procès

Arrêtés en 2007, les deux octogénaires ont toujours nié les accusations retenues contre eux. Pour eux, ils n'étaient pas responables des atrocités du régime. Tous deux sont néanmoins sous le coup d'un deuxième procès, qui s'est ouvert fin juillet et couvre des accusations de génocide (contre les Vietnamiens et la minorité musulmane des Chams) et les crimes commis dans les prisons et les camps de travail.

Les victimes du régime, elles, placent un grand espoir dans les verdicts de ces procès tardifs. Pour elles, ils devraient permettre, enfin, de tourner la page d'un chapitre traumatisant de l'histoire du Cambodge. Le "frère numéro 1", Pol Pot, est en effet mort en 1998 sans jamais avoir été jugé.