Jakarta menacée par la montée des eaux, l'Indonésie s'apprête à construire une nouvelle capitale

Images de synthèse diffusées le 18 janvier 2022 montrant le futur palais présidentiel de l'Indonésie à Kalimantan Est, dans le cadre du transfert de la capitale de Jakarta sur une île de Bornéo, recouverte de jungle, qui sera baptisée "Nusantara". - HANDOUT / NYOMAN NUARTA / AFP
Jakarta étouffe et coule. Saturée par la pollution de l'air et confrontée aux inondations à cause de son emplacement, l'urbanisation et le dérèglement climatique, la capitale indonésienne devient de plus en plus inhospitalière. La solution: construire une nouvelle capitale de toute pièce, à 1500 kilomètres de là.
Le 18 janvier, le parlement indonésien a ainsi acté le transfert de la capitale du pays de Jakarta vers l'île Bornéo, projet du président Joko Widodo. Cette nouvelle ville sera baptisée "Nusantara", "archipel" en français. Un projet futuriste qui devrait être sorti de terre à l'horizon de 2045.
Jakarta bientôt sous l'eau
Chaque année, Jakarta perd entre 10 et 15 centimètres d'altitude. Les bâtiments s'enfoncent de plus en plus, selon l’Institut technologique de Bandung. En effet, la mégalopole a été construite sur un marécage. Conséquence, 20% de la ville se trouve aujourd'hui sous le niveau de la mer. Un chiffre qui devrait doubler d'ici à 2050.
En plus de sa situation géographique initiale, la capitale connaît un pompage massif de ses nappes phréatiques, ce qui accroit l'affaissement de sa zone côtière, déjà sous pression à cause des nombreux gratte-ciels et à la bétonisation de la ville. Un phénomène également accentué par la montée du niveau de la mer causée par le dérèglement climatique.
Jakarta est très exposée aux catastrophes naturelles. Elle est notamment souvent touchée par des pluies diluviennes. Lorsqu'elles ont lieu, tous les facteurs détaillés ci-dessus empêchent l'infiltration de ces eaux et, de fait, entraînent d'importantes inondations.
Une situation qui s'ajoute à une des villes les plus polluées du monde, confrontée à d'immenses embouteillages quotidiens, une qualité de l'air déplorable et un manque d'infrastructures croissant. Pour les 30 millions d'habitants de l'agglomération, Jakarta devient inhabitable.
Le projet Nusantara
En 2019, le président Joko Widodo annonce un gigantesque projet: transférer la capitale à une nouvelle ville créée ex nihilo sur l'île Bornéo, au milieu de la jungle tropicale, plus épargnée par les aléas climatiques et plus centrale dans l'archipel indonésien. Son nom: Nusantara.
"‘Nusantara’ est notre emblème aux niveaux national et international, c’est un nom facile à prononcer et qui décrit parfaitement l’État-archipel qu’est la République indonésienne", explique Suharso Monoarfa, ministre de la Planification du développement national, à Kompas, dans des propos rapportés par Courrier International.
L'objectif est ainsi de désengorger Jarkarta, tout en répartissant plus équitablement le développement du pays et sa population. En effet, l'île de Java, qui abrite la capitale actuelle, compte à elle seule près de 60% de la population indonésienne. Le président veut ainsi faire de Nusantara un "centre pour les innovations".
Une capitale durable et futuriste
La première pierre de Nusantara devait être posée en 2020, mais la construction a été retardée par la pandémie. Toutefois, les premières images de synthèses et les diverses maquettes montrent une ville futuriste au milieu de la forêt. Joko Widodo entend créer un lieu "zéro émission" où les gens "seront proches de toute destination, et pourront s’y rendre à vélo ou à pied".
Nusantara sera construite sur plus de 56.000 hectares sur l'île Bornéo. En revanche, 256.000 hectares sont également réservés aux alentours pour les futures expansions. Un projet titanesque dont le coût est estimé à 33 milliards de dollars, financé par l'État indonésien à hauteur de 19%. Le reste viendra d'investissements privés, du Japon et des Émirats arabes unis principalement.
Les premiers transferts de population sont prévus pour 2024. A partir de cette année-là, 25.000 fonctionnaires déménageront chaque année jusqu'en 2027. Les autorités espèrent ainsi qu'une grande partie de la population de Jakarta aura migré à l'horizon 2040.
Projet critiqué par les environnementalistes
Malgré son ampleur, le projet Nusantara ne fait pas l'unanimité. Les écologistes dénoncent le risque de ce déménagement massif pour l'île Bornéo, jusqu'ici épargnée par l'action humaine mais possédant un écosystème fragile. D'autant plus que ce projet intervient dans un pays où la déforestation a été particulièrement importante et peu encadrée, notamment pour la culture de l'huile de palme.
La forêt tropicale de Bornéo abrite notamment de nombreux animaux sauvages, dont certains sont en voie d'extinction comme les orangs-outans, rappelle franceinfo. De plus, l'Alliance des peuples indigènes de l'archipel (AMAN), met en garde sur le fait qu'au moins 20.000 personnes appartenant à des groupes indigènes risquent d'être expulsés de leurs terres pour la construction de la nouvelle capitale indonésienne.
L'Indonésie n'est pas le premier pays à faire le choix de déplacer sa capitale. A titre d'illustration, en 1970, au Belize, Belmopan devient la nouvelle capitale après que Belize City a été touchée par l'ouragan Hattie. Plus récemment, une future capitale égyptienne est en construction à l'est du Caire pour désengorger la métropole nilote et rapprocher le pouvoir du Canal de Suez. En revanche, l'Indonésie est la première à pointer directement du doigt le dérèglement climatique.











