BFM Lille

Ce que l'on sait de l'agression d'un délégué syndical de Vertbaudet devant son domicile

BFM Grand Lille Lionel Top et Cécile Ollivier avec Florian Bouhot
placeholder video
Télécharger la nouvelle application BFM
Le salarié de l'entreprise de textile a été frappé mardi soir, à Villeneuve-d'Ascq, puis séquestré et menacé avant d'être relâché quelques kilomètres plus loin. La victime refuse de porter plainte. Le parquet de Lille s'est autosaisi du dossier et a ouvert une enquête.

Pour les salariés de Vertbaudet, le jeudi de l'Ascension est un jour comme un autre. Quelques uns ont fait leur retour dans la matinée devant l'entrepôt de Marquette-lez-Lille (Nord), gilet rouge siglé CGT sur le dos.

Le 20 mars, 80 salariés sont entrés en grève illimitée à l'appel de leur syndicat. Contrairement à Force ouvrière ou la CFTC, majoritaires (63%), ce dernier a balayé la proposition d'augmentation des salaires formulée par la direction. La CGT plaide pour une hausse de 150€, et non sur un versement de primes, pouvant atteindre 6% de la paye.

Les réunions de conciliation n'ont pas abouti, et la situation s'est grandement tendue sur le piquet de grève, jusqu'à atteindre son paroxysme cette semaine. Deux grévistes ont été arrêtés lundi pour outrage à agent et entrave à la circulation. Le lendemain matin, les forces de l'ordre ont évacué les grévistes du site dans le tumulte sur ordre du préfet. Et le soir, un délégué syndical a été violemment agressé devant son domicile

· L'homme plaqué, insulté et molesté

Ce jour-là, l'homme rentre chez lui, à Villeneuve-d'Ascq. Accompagné de son fils, il gare sa voiture. Surgissent alors plusieurs individus, au moins trois, selon la victime.

La suite du récit est assurée par la CGT, dans un communiqué rendu public mercredi matin. D'après le syndicat, l'homme en question est "plaqué sur sa voiture devant son enfant" et "embarqué dans un véhicule banalisé".

Interpellé "aux cris de 'sale gréviste' et de 'toi, le délégué syndical'", l'homme est ensuite "copieusement gazé, frappé". Il essuie également des crachats au visage.

Insulté, menacé et molesté sur quelques kilomètres, il est délesté de son portefeuille et de son téléphone portable, avant d'être relâché dans la commune de Ronchin.

· La victime sous le choc

BFMTV a pu rencontrer le délégué syndical victime de l'agression. La voix tremblante, l'homme se dit encore sous le choc du déferlement de violence qu'il a subi. Le délégué syndical souhaite conserver l'anonymat et décline toute invitation à porter plainte. "Quand vous subissez ce genre d'agression, vous souhaitez protéger votre famille", justifie son conseil, Me Ioannis Kappopoulos.

L'homme craint des représailles, les agresseurs lui ayant promis qu'ils disposaient d'informations sur ses proches et qu'ils étaient prêts à revenir.

Me Ioannis Kappopoulos assure malgré tout que son client "reste mobilisé pour ses collègues" en lutte pour de meilleures conditions salariales.

· Le parquet s'autosaisit, une enquête ouverte

Considérant la gravité des faits, le parquet de Lille a décidé d'ouvrir une enquête pour faire la lumière sur cette affaire, en dépit de l'absence de plainte.

Des investigations sont en cours, avec réquisition des bande de vidéosurveillance, indique une source judiciaire à notre antenne.

La victime aimerait ne pas être entendue et regrette que la CGT ait donné de l'écho à l'agression subie.

· Qui sont les agresseurs?

Deux jours après les faits, le mystère reste entier quant à l'identité des agresseurs. Dans son communiqué, la CGT pointe du doigt des "policiers en civil", auteurs d'"une expédition punitive de type fasciste, opérée par des miliciens qui n'ont a priori aucun rapport avec ce que devrait être la police républicaine".

Des propos basés, selon le syndicat, sur les premiers récits de la victime. Ce dernier aurait déclaré que les assaillants étaient équipés de holsters -des ceinturons permettant de porter une arme- et de menottes.

À BFMTV, le délégué syndical a affirmé que les agresseurs étaient en fait en possession de "Serre flex", ces colliers de serrage en plastique. Il n'exclut pas que les assaillants soient en réalité des individus issus des mouvances d'extrême droite.

"Ces gens qui l'ont enlevé, séquestré -j'espère que nous déterminerons extrêmement vite qui c'est- se sont présentés comme des policiers", souligne Mathilde Panot, cheffe de file du groupe insoumis à l'Assemblée nationale, dénonçant "des méthodes qui rappellent les pires heures des dictatures dans l'histoire du monde".

· Condamnations et indignation

Depuis mercredi, les réactions mêlant condamnation et indignation se multiplient au sujet de cette agression.

"La direction de l'entreprise est fermement opposée à toutes violences et tenons à réitérer notre respect plein et entier au droit de grève. Elle espère que la lumière soit faite rapidement sur ces évènements graves", écrit la direction de Vertbaudet dans un communiqué.

Amar Lagha, secrétaire général CGT Commerce et service, est entré en contact avec la victime, ce simple "camarade qui mène la lutte". "Ce qu'il a subi est inadmissible et incompréhensible", fustige le syndicaliste.

L'intéressé, dont les doutes se portent "sur trois policiers qui ont fait du zèle", estime également que le préfet "a une grande part de responsabilité" dans le pourrissement du conflit à Vertbaudet.

Sur le plan politique, l'indignation a essentiellement émané des rangs de La France insoumise (LFI). Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens, David Guiraud, Alma Dufour, ou encore François Ruffin ont tous vivement condamné cette agression.

Le premier a notamment regretté que cette affaire n'ait pas eu le même écho médiatique que la polémique sur l'agression de Jean-Baptiste Trogneux, le petit-neuveu de Brigitte Macron.

· Une salariée de Vertbaudet étranglée par un policier?

C'est dans ce contexte qu'une salariée gréviste de Vertbaudet raconte avoir été blessée par un policier lors de l'opération d'évacuation du site de Marquette-lez-Lille, ont révélé nos confrères de Streetpress ce mercredi soir.

Claudia, de son prénom, a accepté de revenir sur ladite agression au micro de BFMTV. "On était en train de démonter la tonnelle. J'avais déposé une pile de vêtements, j'allais la reprendre pour la donner aux collègues", contextualise-t-elle.

"Et d'un seul coup, le policier est arrivé derrière mon dos. Il m'a fait une clé de bras tout de suite, m'a étranglée et m'a traînée sur 70 mètres environ. Mes pieds ne touchaient même plus sol. (...) Plus je me débattais, plus il serrait", raconte Claudia.

La trentenaire, à qui une ITT de cinq jours a été prescrite, prévoit prochainement de déposer plainte contre le policier.

En attendant, elle a fait son retour sur le piquet de grève ce jeudi aux côtés de ses collègues. Pour obtenir les augmentations de salaire, elle se dit toujours "déterminée".