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Evolution: des scientifiques dressent le portrait de l'ancêtre de toute vie sur Terre

BFM David Namias
La vie pullule autour des fumeurs blancs ou noirs.

La vie pullule autour des fumeurs blancs ou noirs. - Wikimedia common

Les chercheurs ont isolé 355 gènes qui auraient appartenu à notre "dernier ancêtre commun universel", autrement dit celui dont nous descendrions tous. Il présenterait de grandes similitudes avec la vie découverte autour des sources hydrothermales.

Selon l'hypothèse communément admise du développement de la vie sur Terre, toutes les créatures vivantes descendent d'un "dernier ancêtre commun universel" - ou Cadu. Sans avoir formellement identifié ce qui serait l'une des premières formes du vivant à partir de laquelle l'arbre de la vie se serait diversifié, une équipe de scientifiques en a dressé son portrait lundi dans la revue Nature Microbiology. De six millions de gènes examinés au départ, 355 ont été retenus. 

Les chercheurs ont retracé les caractéristiques de cet organisme dont l'environnement fait penser à celui des sources hydrothermales. Le docteur Martin et son équipe soutiennent que la vie serait apparue dans de telles conditions il y a presque quatre milliards d'années.

Des traits communs avec la vie des sources hydrothermales

Comment décrire des formes de vie dont nous n'avons plus aucune trace? Pour relever ce défi, la science s'appuie sur la prédictibilité d'évolution des gènes. A partir de séquences ADN issues d'organismes vivants, des hypothèses sont formulées et explorées par la phylogénétique. Toutes les protéines qui convergent vers Cadu sont retenues et les autres écartées.

Les 355 gènes retenus suggèrent que ce dernier ancêtre commun se passait d'oxygène et tirait son énergie de dioxyde de carbone et d'hydrogène. Capable de survivre à de hautes températures, la présence de métaux dans son milieu de vie auraient aussi été nécessaire. A ce stade, la comparaison avec la vie autour des "fumeurs noirs" du fond des océans paraît immanquable.

Forme de vie primitive ou déjà stade d'évolution avancé?

Depuis des années, certains scientifiques postulent que la vie sur Terre viendrait de ces sources où le magma terrestre perce la croûte terrestre. Mais si le profil ici établi semble coïncider, d'autres scientifiques sont moins convaincus de la pertinence de cette généalogie qui, bien qu'elle s'appuie sur des données biologiques, n'en reste pas moins théorique. Et ce Cadu demeure un modèle abstrait qui ne résout pas tout.

Pour le professeur Martin, cet organisme est "à moitié vivant". "Il lui manque tellement de gènes nécessaires à la vie qu'il doit compter sur des éléments chimiques pour survivre". Mais pour d'autres, il ne s'agit pas d'une forme de vie primitive, mais au contraire d'une forme sophistiquée qui s'est réfugiée dans cet environnement si particulier. Steven A. Benner, de la Foundation for Applied Molecular Evolution, affirme au New York Times que le raisonnement de Martin est un non-sens. "C'est comme dire que vous pouvez fabriquer un 747, mais que vous n'êtes pas capable de raffiner du minerai de fer", plaide-t-il.

Autre écueil, le docteur Sutherland, chimiste de l'université de Cambridge en Angleterre et rival du docteur Martin, pointe la lacune des rayons ultraviolets, incapables d'atteindre le fond des océans et pourtant indispensables à la vie. "Nous n'avons pas confirmé notre scénario privilégié, mais déduit un scénario de la chimie. (...) Le travail du docteur Martin "est très intéressant, mais n'a rien à voir avec l'origine de la vie", s'insurge-t-il.