Comment un incinérateur commandé par la ville de Paris s'est immiscé dans la campagne des municipales à Vitry-sur-Seine
Entrée de la chaufferie à gaz de la CPCU dans le quartier des Ardoines à Vitry-sur-Seine, devant la friche de la centrale Arrighi et ses cheminées emblématiques en 2025 - Google Street View
Chauffer les Parisiens en brûlant des déchets en banlieue, très peu pour eux. Alors que les élections municipales approchent (15 et 22 mars 2026) à grand pas, la campagne s'anime à Vitry-sur-Seine, 95.000 habitants, commune populaire à deux stations de RER de Paris. La capitale veut construire sur le site d'une centrale thermique désaffectée une centrale de chauffage pour son réseau de chaleur.
Les candidats à la mairie de Vitry-sur-Seine sont contraints ces derniers jours de prendre position sur ce projet de centrale à vapeur de 300 mégawatts (la puissance d'un petit réacteur nucléaire) voté le 17 décembre au Conseil de Paris. Cette énergie sera produite en brûlant des déchets issus de l'industrie (plastiques, cartons, papiers...) ou du bois.
Pour Paris qui a concédé la gestion de son réseau de chauffage urbain pour 25 ans et un montant de 15 milliards d'euros à Dalkia, cette usine a un rôle très important. "L'offre [du concessionnaire] permet un verdissement XXL du réseau qui doit atteindre 76% d'énergie renouvelable et de récupération dès 2034 contre 50% aujourd'hui", nous précise la mairie, ajoutant que cet objectif "repose notamment sur la création de nouvelles installations de production d'énergie renouvelables locales comme la géothermie ou des unités de valorisation comme à Vitry-sur-Seine."
Deux groupes d'opposition locale s'opposent vivement à cette infrastructure qui doit être livrée fin 2031. Vitry en mieux, un parti politique local à tendance écologiste, considère que cette infrastructure est néfaste pour la planète et le cadre de vie. "Ils parlent d'une usine biomasse et de combustibles solides de récupération parce que ça fait plus joli mais c'est une usine d'incinération qui va brûler de vieilles palettes, des vieux bois laminés, des déchets plastiques", explique le conseiller municipal Frédéric Bourdon à BFM.
"Si on gagne, on s'engage à ce que ça ne se fasse pas"
L'association Vitry en mieux a lancé une pétition qui a recueilli plus d'un millier de signatures en une semaine. Elle fait un parallèle avec l'incinération d'Ivry-sur-Seine, épinglé ces dernières années dans des études pour la propagation de polluants éternels dans les environs.
Frédéric Bourdon promet qu'en cas de victoire aux élections municipales à Vitry-sur-Seine, il y aura un véto pur et simple de la ville. "Le maire peut être un rempart à ce projet-là puisqu'il doit délivrer un permis. Si on gagne, on s'engage à ce que ça ne se fasse pas", ajoute-t-il.
Le maire est également dans le collimateur d'Hocine Tmimi, le candidat soutenu par LFI, L'Après et l'organisation autonome Alternative communiste. Fin janvier, ce conseiller municipal d'opposition a publié une vidéo sur le futur site de la centrale. "Je suis extrêmement en colère car cette structure hyper polluante va empoisonner nos enfants, il va falloir refuser l'installation décidée par la mairie de Paris, le maire a validé ce projet."
Une consultation de la population cet été
Pierre Bell-Lloch, l'édile, candidat à sa réélection et soutenu par son parti, le PCF ainsi que EELV et le PS, refuse d'utiliser le terme d'incinérateur, considérant qu'il ne s'agit pas du terme approprié.
"Il y a une confusion. Depuis le départ, on utilise un terme qui faisait référence à des incinérateurs que l'on trouve à Ivry-sur-Seine ou à Créteil. Ici, ça n'est pas du tout le même projet. C'est une usine de combustion à plus petite échelle", nous indique-t-il, tout en reconnaissant attendre encore que la ville de Paris et son concessionnaire, Dalkia, partagent davantage d'éléments sur la nature exacte du projet.
"Notre zone industrielle doit être mise au service de la transition écologique. Les habitants seront concertés d'ici à cet été. S'ils jugent que le projet est bon pour eux, pour la qualité de l'air comme on nous le promet, ils se prononceront pour, si au contraire ils jugent que le projet aggravera la situation ce sera non", résume-t-il.
En réalité, aucun élu ou candidat aux élections municipales à Vitry-sur-Seine ne découvre le sujet. La Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) possède une chaufferie fonctionnant au gaz dans le quartier des Ardoines et le remplacement de cette infrastructure vieillissante est envisagé depuis plusieurs années.
Des cheminées qui font de la résistance
L'emplacement de cette future usine à combustion est tout trouvé. EDF, maison-mère de Dalkia dispose d'une réserve de plusieurs dizaines d'hectares autour de sa centrale thermique fermée en 2015. L'énergéticien voulait faire place neuve en rasant le complexe désaffecté mais s'est heurté à l'opposition de la mairie, attachée aux deux emblématiques cheminées de 160m.
"Ce qui est paradoxal, c'est que l'on nous accuse de ne rien faire pour empêcher ce projet alors que c'est nous qui bloquons depuis quatre ans EDF devant les tribunaux", rappelle Pierre Bell-Lloch. "Ces cheminées prennent trop de surface et leur présence aujourd'hui fait obstacle au projet."
Au-delà de Vitry-sur-Seine, d'autres élus locaux se sont prononcés ces derniers jours sur ce projet. Le président de conseil départemental du Val-de-Marne, Olivier Capitanio a adressé un courrier à Anne Hidalgo consulté par l'AFP dans lequel il se dit "extrêmement inquiet de ce projet pour la qualité de vie" des habitants de Vitry, Alfortville "et plus largement des Val-de-Marnais."
Les maires d'Alfortville, de Charenton-le-Pont et de Maisons-Alfort, des communes voisines de Vitry-sur-Seine ont également manifesté leur désarroi et ont dénoncé un manque de dialogue et de concertation dans des communiqués.
"La période de l'appel d'offres qui vient de se clôturer a suspendu temporairement (le) dialogue pour des raisons de confidentialité, mais celui-ci pourra reprendre très rapidement", a reconnu la mairie de Paris auprès de BFM.
De nombreux conseillers municipaux d'opposition parisiens anticipent l'opposition locale et considèrent que la majorité municipale est allée trop vite en besogne. "On sait très bien que lorsqu'il y a des oppositions il y a des risques de retards dans la finalisation du chantier. Tout retard pourrait entraîner un risque majeur sur l'équilibre financier", a déclaré le 17 décembre dernier Jean-Baptiste Olivier, conseiller d'opposition du groupe de Rachida Dati.











