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Le projet d’Orange pour créer un géant des télécoms en Afrique

BFM Business Matthieu Pechberty , Journaliste BFM Business
Stéphane Richard, PDG d'Orange, le 13 février 2020 à Paris

Stéphane Richard, PDG d'Orange, le 13 février 2020 à Paris - ERIC PIERMONT © 2019 AFP

L’opérateur a envisagé de nouer une alliance stratégique avec l’indien Bharti Airtel pour marier leurs activités en Afrique. Son PDG voulait devenir le leader incontestable du continent.

C’est l’obsession de Stéphane Richard depuis des années. Le PDG d’Orange a toujours poussé les feux en Afrique, le continent le plus prometteur dans les télécoms grâce à sa démographie. Selon nos informations, il a étudié l’an passé deux opérations visant à créer le leader du mobile africain avec son concurrent indien Bharti Airtel.

L’objectif était de consolider les positions d’Orange, présent dans les pays francophones comme le Sénégal, la Cote d’Ivoire, l’Egypte ou le Maroc, et de Bharti Airtel, présent en Afrique anglophone au Nigeria, en Tanzanie et Kenya. Pour créer à la fin de cette opération un groupe flirtant avec les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Afrique, Orange y réalisant 6 milliards d’euros et son concurrent indien 3,5 milliards.

Entrée au capital d'Orange

Les deux opérateurs ont planché sur deux scénarios. Le premier consistait en un rachat par Orange des activités africaines d’Airtel qui sont cotées à la bourse de Londres. Pour éviter de sortir du cash, environ 6 milliards d’euros, Orange aurait payé l’indien Bharti Airtel en actions, le faisant entrer à son capital à hauteur de 10%. Son président, Sunil Mittal, bénéficiant aussi d’un siège au conseil d’administration d’Orange. Cette option a vite été abandonnée.

"L’Etat n’aurait jamais accepté l’entrée d’un actionnaire indien au capital, explique une source proche d’Orange. Et le cours de l’action, très bas, n’aide pas à les convaincre".

Le second schéma visait à l’inverse, qu’Orange apporte ses activités africaines à Airtel Africa et en prenne le contrôle avec 60% de son capital. La participation de l’indien serait ainsi passé de 56% à 20%. Ce scénario, préféré au premier, avait le mérite d’éviter de faire entrer Bharti chez Orange. Il avait surtout l’avantage d’introduire en Bourse les activités africaines d’Orange à la faveur d’une acquisition de taille. Ensuite, son PDG, Stéphane Richard, voulait rapatrier à la Bourse de Paris la nouvelle filiale alors qu’Airtel Africa est cotée à Londres.

Alliances à venir en Afrique

Orange et Bharti Airtel se connaissent depuis plusieurs années. L’opérateur français lui a racheté en 2016 ses filiales en Sierra Leone et au Burkina Faso. Il convoitait aussi d’autres pays de l’opérateur indien au Congo ou au Tchad.

Stéphane Richard rêvait de grossir encore en Afrique. Avant d’envisager cette opération l’an passé, il avait tenté, fin 2020 un mariage avec l’opérateur britannique Vodafone, comme l’avait révélé BFM Business. Les discussions avaient achoppé à cause de l’opposition de l’Etat français. L’objectif était là aussi de créer un leader en Afrique alors qu’Orange et Vodafone sont aux coude-à-coude sur le continent avec chacun 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

L’alliance entre les grands opérateurs télécoms en Afrique sera inévitablement au programme de celui, ou celle qui succédera au PDG d’Orange. Le groupe doit tenir un conseil d’administration la semaine prochaine pour entériner le choix de Christel Heydemann comme directrice générale.