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La SNCF épinglée pour publicité trompeuse

BFM Business Olivier Chicheportiche , Journaliste BFM Business
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Les comparatifs trains contre avions en termes d'émission de CO2 présentés dans des publicités du transporteur sont de nature à induire le public en erreur estime le Jury de déontologie publicitaire.

Que le train (électrique) soit nettement moins émetteur de CO2 que l'avion est une certitude. Mais les écarts doivent être vérifiés lorsqu'ils sont mis en avant dans une publicité.

C'est l'avis du Jury de déontologie publicitaire (JDP) saisi par la FNAM (Fédération nationale de l'aviation et de ses métiers) au sujet de plusieurs publicités de la SNCF où l'on pouvait lire: "voyager en train à grande vitesse, c'est 50 fois moins de CO2 émis que pour un voyage en voiture et 80 fois moins qu'en avion".

Message publicitaire de la SNCF sur le CO2
Message publicitaire de la SNCF sur le CO2 © SNCF

Rappelons que le JDP a pour mission de se prononcer sur des plaintes émises à l’encontre de publicités, au regard des règles professionnelles.

Le lobby de l'aviation conteste

Dans sa plainte, le lobby de l'aviation a estimé que "les chiffres généraux faisant l’objet de cette affirmation ne sont pas corroborés par le calculateur même de la SNCF".

Et d'affirmer': "Les chiffres figurant dans les publicités de la SNCF ne reflètent pas la réalité des performances respectives du train et de l’avion en matière d’émissions de CO2".

La SNCF estime au contraire que la mention "80 fois moins que l’avion" correspond à une vérité mathématique toujours d’actualité: elle est le résultat du calcul effectué à partir des chiffres publiés par l’ADEME en mai 2020. A ce-jour, les chiffres sont les mêmes et le résultat du calcul reste inchangé".

Si le JDP ne se prononce pas sur le résultat de ce calcul, elle estime que les publicités "méconnaissent les points 2 et 4 de la Recommandation 'développement durable' de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) à savoir: "ne pas induire le public en erreur sur la réalité des actions de l'annonceur ni sur les propriétés de ses produits en matière de développement durable et formuler un message clair, en indiquant « en quoi ses activités ou ses produits présentent les qualités revendiquées".

Manque de précisions "à tout le moins"

En effet, le Jury constate que l’allégation "80 fois moins" "ne tient pas compte de l’incidence de la construction et de la maintenance des infrastructures et, ainsi, qu’elle occulte une partie de l’empreinte carbone imputable au recours aux moyens de transport de voyageurs".

Il estime que la publicité en ligne "n’indique pas que le chiffre de 80 fois moins correspondrait à un chiffre moyen" qui présente donc de fortes variations selon les liaisons observées.

Conclusion, le Jury enjoint la SNCF "de préciser, à tout le moins, que le ratio de "80 fois moins" doit s’entendre uniquement en moyenne, sur l’ensemble des trajets de longue distance en France, le Jury, qui relève au surplus que les sources et méthodes de calcul utilisées pour aboutir au chiffre allégué figurent en très petits caractères, difficilement lisibles – est d’avis que les deux publicités méconnaissent (plusieurs) points de la Recommandation "Développement durable" de l’ARPP".

Précisions que la SNCF se dit prête à apposer sur ses publicités et ses supports de communication.

En août dernier, dans une publicité, Eurostar -connue pour ses campagnes caustiques- raillait les promesses du secteur aérien: "Bien sûr que les compagnies aériennes sont vertes" pouvait-on lire avant de voir en dessous "(de jalousie)".

Et d'expliquer que sur la liaison Paris-Londres, un trajet en avion émet autant de carbone que 14 trajets en Eurostar.

Cet humour a été très peu apprécié par les acteurs de l'aérien. Lors d'une table ronde pendant le Paris Air Forum, Alain Battisti, Président de la Fédération Nationale de l’Aviation Marchande, s'est ainsi demandé s’il s’agissait de "bêtise ou de provocation", selon des propos rapportés par TourMag.