Alimentation: face à des restaurants à l'arrêt, le géant Metro s'adresse aux commerces

Le groupe, qui réalise en France un peu plus de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, a gardé ouverts la centaine de sites qu'il compte dans le pays, - Patrick Stollarz-AFP
C'est une réaction en chaîne. La fermeture des restaurants français, imposée face au coronavirus, affecte en retour l'un de leurs plus gros fournisseurs, le géant Metro. "Forcément, ça a un impact direct", admet auprès de l'AFP Benoît Feytit, directeur général de la filiale française de Metro, basé en Allemagne. "On maintient quand même notre activité, même si c'est bien en deçà de ce qu'on fait d'habitude."
La donne a changé brutalement le soir du 14 mars. Face à la propagation du coronavirus, le Premier ministre, Edouard Philippe, annonçait la fermeture de tous les commerces jugés non essentiels, dont cafés et restaurants.
"On a été saisis, forcément", se souvient M. Feytit. "L'annonce a été faite à 20 heures pour une fermeture à minuit. En quatre heures, toutes les activités de nos clients restaurateurs ont été fermées."
Les petits commerçants toujours au rendez-vous
La mesure, qui s'est doublée quelques jours plus tard de l'entrée en vigueur d'un confinement général des Français à domicile, affecte directement le groupe, dont trois quarts des clients sont restaurateurs. Ces derniers achètent chez Metro des produits frais ou des plats déjà préparés dans des supermarchés qui leur sont réservés, car fermés au grand public. Metro est l'acteur très dominant sur ce créneau, dit "cash & carry"; en France, une filiale de Carrefour, Promocash, est loin derrière.
"Heureusement, nous avons aussi une clientèle de petits commerçants traditionnels de centre ville", tempère M. Feytit.
Ces commerces constituent pour l'essentiel le dernier quart des clients du groupe. Qu'ils soient boulangers ou bouchers, ils ont le droit de rester ouverts, puisque l'alimentation reste une nécessité.
"Tous ces gens-là viennent, et viennent plus souvent", souligne M. Feytit. "Nous augmentons nos ventes sur ce quart-là même si ça ne compense pas nos clients restaurateurs."
Le groupe, qui réalise en France un peu plus de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, a donc pu garder ouverts la centaine de sites qu'il compte dans le pays, même s'il a fait passer de nombreux employés en chômage partiel.
Rester dans le rôle de grossiste
Hors des commerçants, Metro accueille toujours les restaurateurs qui maintiennent une vente à emporter. Mais il est hors de question de bouleverser le modèle du groupe en ouvrant ses magasins au grand public le temps du confinement.
"L'idée, c'est vraiment de rester dans notre rôle de grossiste, donc nous ne souhaitons pas nous adresser au grand public", explique M. Feytit. "On veut privilégier le +business+ des petits commerçants et donc ne pas leur couper la route, les court-circuiter."
Même avec un fonctionnement adapté à la crise, celle-ci ne sera pas indolore. Le groupe table sur une stagnation, voire un léger recul de ses ventes, au premier trimestre par rapport à un an plus tôt, alors qu'il partait en début d'année sur une franche progression.
Surtout, l'incertitude règne au-delà: "pour le second trimestre tout va dépendre de la durée de confinement", prévient M. Feytit. "On va être très dépendants des mesures que l'Etat va prendre en matière de confinement et surtout de réouverture de restaurants".
Car ce n'est pas forcément quand les Français sortiront à nouveau de chez eux que les restaurants seront autorisés à rouvrir en masse. Tout pourrait être simultané, mais il se peut aussi qu'il y ait un décalage", avance M. Feytit.











