"Complètement invraisemblable": face aux difficultés financières, les départements expriment leur colère
Le président de Départements de France, François Sauvadet, le 14 octobre 2022 à Agen lors du 91e congrès de l'association - Thibaud MORITZ © 2019 AFP
Étranglés financièrement par la chute de leurs recettes liées au marché immobilier et par l'explosion de leurs dépenses sociales, les départements ont exprimé leur colère mercredi par la voix de François Sauvadet (UDI), qui dénombre une soixantaine de départements en grande difficulté.
"Vous avez devant vous ce matin un président des Départements de France qui est en colère", a posé d'emblée l'élu de Côte-d'Or, à quinze jours des Assises nationales des départements à Albi. "En trois ans, l'État (...) nous a imposé six milliards d'euros de dépenses supplémentaires et dans le même temps nous avons perdu 8,5 milliards de ressources", a-t-il exposé lors d'une conférence de presse.
Le résultat est sans appel selon lui, puisque le nombre de départements en difficulté est passé, en deux ans, "de quatorze à une soixantaine". Tous types de départements, qu'ils soient ruraux ou pas, sont aujourd'hui concernés, selon François Sauvadet, citant aussi bien l'Aisne que la Gironde ou les Hauts-de-Seine.
En Gironde, un déficit de 97 millions d'euros
L'exemple emblématique de la Gironde, sixième département le plus peuplé de France, qui a présenté mi-octobre un budget de fonctionnement en déficit de 97 millions d'euros, interpelle particulièrement les élus. Ce déficit a aussitôt déclenché une procédure d'accompagnement de l'État, les collectivités ne pouvant présenter un budget en déséquilibre en vertu d'une "règle d'or".
Les conséquences concrètes de la situation des départements se font déjà sentir sur le terrain, entre baisse drastique des investissements pour les routes et les collèges, difficulté de financement des services d'incendie et de secours, réduction des subventions et de l'aide aux communes, non-remplacement de personnels.
Déjà en juin 2025, la cour des comptes dressait un état des lieux particulièrement alarmant. L'instance de contrôle, a dénombré pas moins de 35 départements présentant des difficultés financières. Qui, selon les cas varie de "fortement dégradée" à "présentant un risque financier". En plus des départements cités par François Sauvadet, figurent l'Hérault, la Loire-Atlantique, l'Ille-et-Vilaine ou encore la Haute-Garonne.
70% de dépenses sociales
Le projet de budget pour 2026 ne devrait pas améliorer la situation, selon les élus départementaux, ce malgré l'abondement d'un fonds de sauvegarde à hauteur de 300 millions d'euros prévu dans la copie gouvernementale.
Selon Départements de France, les dépenses sociales des départements représentent désormais 70% de leurs dépenses contre 54% il y a dix ans, tirées en particulier par la protection de l'enfance, mais aussi le handicap et le vieillissement. Or l'association évalue à 575 millions d'euros la contribution demandée aux départements pour 2026.
"L'État nous demande de participer au redressement des comptes publics sur des dépenses qu'il nous impose, c'est complètement invraisemblable", souligne François Sauvadet, qui dit éprouver un "sentiment d'abandon".
L'association demande à l’État de s'assurer du financement de toute dépense nouvelle et réclame un fonds de 600 millions d'euros pour sauver les départements en difficulté.











