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Soirée d'un faune

Étrange objet que cette Soirée d’un Faune, imaginée comme une suite au Prélude à L’après-midi d’un faune de Claude Debussy. À la fois carte routière et ballet dessiné, ce nouveau projet de Ruppert et Mulot étonne par sa démesure: d’une dimension de 132 x 100 cm, l’œuvre se compose de 110 danseurs et danseuses se livrant, au cours d’une gigantesque fête, à diverses pratiques sexuelles, à l’escalade ou encore au tir à l’arc. "Une fête réussite est une fête non domestiquée. On enlève quelques couches culturelles pour aller vers un état primaire", indique Ruppert, qui a voulu réunir tous les éléments d’une soirée idéale dans un "processus chorégraphique". Pour réaliser un dessin aussi monumental, "il faut faire une perspective parallèle", dit-il: "Il n’y a pas de point de chute. Tout est à la même taille."
Pour lire Soirée d’une Faune, il faut prendre son temps. "Comme ça se lit comme une carte, on voulait qu’il y ait toujours des choses à lire qui emmènent le lecteur vers d’autres éléments du décor, pour que la manipulation de la carte soit toujours de la lecture." Comme dans une BD traditionnelle, le duo n’a pas résisté à l’envie de glisser quelques cases "pour faire comprendre comment les corps dansent". Les gens dansent, et s’entretuent aussi - "mais sans animosité", précise toutefois Ruppert, qui s’est intronisé le temps de ce projet chorégraphe - auteur de BD. Un titre qui lui permet d’imaginer que les danseurs et danseuses qu’il a dessinés souhaitent “mourir pour la qualité du spectacle". Comme les cartes routières, Soirée d’un faune dresse un portrait assez fidèle, tantôt dionysiaque tantôt glaçant, de notre société.
Soirée d’un faune, Ruppert & Mulot, L’Association, 14 euros

L'Association

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