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Prendre refuge

C’est une histoire d’amour. De nos jours, à Berlin, un homme rencontre une réfugiée syrienne. En 1939, non loin des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, une voyageuse rencontre une archéologue. Ces deux récits, en apparence seulement sans lien, sont au centre de Prendre refuge de Mathias Enard (Boussole, Prix Goncourt en 2015) et Zeina Abirached (Le Piano Oriental). "C’était une histoire qui m’intéressait depuis longtemps. J’avais déjà ces idées au moment où j’ai proposé à Zeina de faire une BD", explique l’écrivain.
Contre toute attente, il a choisi de parsemer l’album de dialogues, là où ses romans n’en comportent pratiquement pas. Il n’a pas recouru aussi aux traditionnels récitatifs: "Je voulais vraiment faire de la BD et pas une voix off", dit-il. Zeina Abirached en fut la première surprise: "J’avais envie d’écouter du Mathias Enard", soupire-t-elle en riant. "Plutôt que d’avoir un rapport illustratif entre un texte et une image, j’ai voulu vraiment utiliser les ressources de la BD pour raconter cette histoire", poursuit le romancier.
Connue pour son travail sur les motifs, Zeina Abirached s’est appuyée sur des doubles pages pour accentuer la dimension contemplative d’un récit truffé de références au bouddhisme et à … E.T. Elle s’est aussi mise en danger en représentant, loin de son graphisme proche de l’enluminure, des paysages très réalistes: "J’ai un univers très urbain, lié à Beyrouth. Là, tout d’un coup, j’avais un nouvel univers à explorer: la montagne, le plein air, le relief", raconte celle qui a voulu retranscrire par le dessin "le côté mystique de la montagne". Et offrir à son public un refuge face à la violence du monde.
Prendre refuge, Mathias Enard (scénario) et Zeina Abirached (dessin), Casterman, 344 pages, 24 euros.

Casterman

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