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Steve McCurry, le photographe roi de la couleur, exposé à Paris

BFM Magali Rangin , Cheffe de service culture et people BFMTV
Le photographe Steve McCurry à l'exposition que lui consacre le musée Maillol, le 8 décembre 2021.

Le photographe Steve McCurry à l'exposition que lui consacre le musée Maillol, le 8 décembre 2021. - Pierre-Philippe Marcou - AFP

L'œuvre du photographe Steve McCurry, auteur du célèbre cliché de "l'Afghane aux yeux verts" est exposée au musée Maillol à Paris jusqu'au 29 mai 2022.

"Les bonnes photos ne poussent pas sur les arbres", assure le photographe Steve McCurry. Sa carrière en est pourtant jalonnée. Le musée Maillol à Paris lui consacre jusqu'au 29 mai prochain, une grande rétrospective réunissant plus de 150 de ses grands clichés.

Les photos aux couleurs si vives et au cadrage parfait, portraits ou scènes de vie, crèvent la pénombre quasi-religieuse du lieu, et jaillissent de façon saisissante. Depuis plus de quarante ans, Steve McCurry sillonne le monde, avec son appareil photo en bandoulière, de l'Inde à la Chine ou au Pakistan, en passant par le Brésil et Cuba. La rétrospective du musée Maillol emmène le visiteur dans un somptueux voyage. Un voyage dont le fil rouge est le regard plein d'humanité que Steven McCurry porte sur ses modèles et sur les lieux.

La rétrospective Steve McCurry au musée Maillol.
La rétrospective Steve McCurry au musée Maillol. © Thomas Faverjon - Musée Maillol

"J'ai été immédiatement frappé"

Pour le photographe mû depuis sa jeunesse à Philadelphie, par l'amour des voyages et la curiosité, une image est avant tout une rencontre, une scène captée en pleine déambulation, "essayant de percevoir l’humeur de la rue, d’y pénétrer et de s’y perdre". "J’ai pris quelques-unes de mes meilleures photos alors que je me dirigeais vers un lieu", souligne-t-il. Steve McCurry dit préférer témoigner sur le sort des réfugiés, plutôt que montrer des combats. Donner de la visibilité à ces gens qui "avaient une maison, une vie, et se retrouvent sous une tente, dans un autre pays".

C'est le cas de Sharbat Gula, la jeune Afghane au yeux verts, rencontrée en 1984 dans un camp de Peshawar, au Pakistan, près de la frontière avec l'Afghanistan. Sans doute sa photo la plus célèbre. Une photo devenue une icône absolue. "J'ai été immédiatement frappé par le regard incroyable de cette petite fille", explique-t-il dans le livre Conversation avec Biba Giachetti (commissaire de l'exposition).

"L'Afghane aux yeux verts", cliché de 1984 de Steve McCurry.
"L'Afghane aux yeux verts", cliché de 1984 de Steve McCurry. © Steve McCurry
"Je savais que le portrait serait remarquable par la profondeur de ses yeux. Ils disaient toute la tristesse du peuple afghan et de ses conditions de vie dans ces camps de tentes. Il ne m'a fallu que quelques minutes pour la photographier",

Quelques mois plus tard, l'image fait la une du National Geographic, et le tour du monde. Aujourd'hui encore, Steve McCurry est heureux d'avoir pris cette photo. "A l'époque, cela a changé le regard sur l'Afghanistan encouragé des gens à se porter volontaire. Et puis cela a changé sa vie à elle". Sharbat Gula, que le photographe retrouve en 2002 et immortalise de nouveau, est renvoyée en Afghanistan en 2016, avant d'être, tout récemment évacuée vers Rome, après la prise de Kaboul par les talibans.

"Notre monde est en couleur"

Rien n'a changé, en Afghanistan, se désole Steve McCurry, qui a commencé sa carrière, en immortalisant de jeunes moudjahidines combattant l'envahisseur russe, en 1979. L'Américain sera l'un des premiers, après Raymond Depardon, à témoigner de ce conflit. Il ressort du pays, avec des pellicules cousues dans son vêtement. Sa carrière de photojournaliste de guerre est lancée. Il rejoint l'agence Magnum en 1986,

Si ses premiers clichés sont en noir est blanc, Steve McCurry est rapidement passé à la couleur. "Notre monde est en couleur, donc j'ai voulu le montrer tel qu'il est, en couleur", livre-t-il, assumant son goût pour les photos aux tons très contrastés.

La Havane en 2021, par Steve McCurry
La Havane en 2021, par Steve McCurry © Steve McCurry

A la question êtes-vous un journaliste, un artiste ou un historien, la réponse jaillit, comme un cri du cœur: "Je suis un photographe!". Celui qui voulait devenir cinéaste documentaire, avant de se tourner vers la photo, se voit comme un témoin.

Capter l'humain, son histoire et ses tragédies, mais aussi des lieux qui vont disparaître, des traditions, telle est l'ambition de Steve McCurry. L'exposition mêle pays et époques, portraits, paysages. Les modèles de McCurry nous fixent dans le noir, et ne nous quittent pas. Le Monde de Steve McCurry est un voyage dont on ne ressort pas indemme.

Le Monde de Steve McCurry, du 9 décembre 2021 au 29 mai 2022, 15 euros, musée Maillol 59-61 rue de Grenelle, 75007, Paris