Opéra, les coulisses d’un régime

L'Opéra de la Bastille: La Bayadère - -
Aujourd’hui, jour de grève, les syndicats appellent à une journée de mobilisation nationale contre la réforme des régimes spéciaux des retraites. Jusque dans les coulisses de l’Opéra National de Paris, on est concerné par la réforme. Preuve de l’engagement des artistes, la représentation de la Traviata prévue ce soir au Palais Garnier est annulée ! La directrice de la danse et le directeur des ressources humaines de l’Opéra de paris vous expliquent la spécificité du régime de leurs artistes et les raisons de cette mobilisation.
Le contexte
Les dirigeants de l’Opéra National de Paris étaient présents la semaine dernière lors des concertations avec le Gouvernement. L’Opéra National de Paris est donc, au même titre que la SNCF et la RATP, sujet aux principes communs d’harmonisation des régimes de retraites. L’Opéra National de Paris dépend du Ministère de la Culture (tout comme la Comédie française). Il est subventionné exclusivement par celui-ci à hauteur d’environ 100 millions d’euros par an. La caisse de retraites de l’Opéra de Paris est subventionnée à 50% par l’Etat. C’est une subvention dite « d'équilibre » explique Dominique Legrand, directeur des ressources humaines de l’Opéra de Paris. En clair, lorsqu’une certaine somme manque dans les caisses, l’Etat comble la différence.
Les effectifs
Il y a entre environ 350 représentations par an, soit l’équivalent d’un spectacle par jour. 2000 personnes travaillent pour l’Opéra National. La troupe d’artistes comprend 154 danseurs, 175 musiciens et 110 choristes. Le reste des employés sont les techniciens et les personnels administratifs de l’Opéra. L’Opéra possède par ailleurs sa propre école de danse ainsi que son propre lycée (de la 6ème à la Terminale, avec cours le matin et danse l’après midi). Pour Brigitte Lefèvre, membre de l’Opéra depuis 23 ans et directrice de la danse depuis 1995 : « l’Opéra National de Paris est une institution culturelle au service de l’excellence artistique. On est ambassadeur de la France lorsqu’on est en tournée… »
Danseur, un statut à part
Les danseurs de ballets, soumis à des sollicitations physiques, partent à la retraite autour de 40 ans (42 ans pour la plupart). Ils sortent tous avec le diplôme d’Etat de professeur de danse. C’est systématique. Dans un même temps, l’administration leur propose des stages de reconversion, de formation diverses. « A la base, c’est grâce aux danseurs de l’Opéra que la caisse de retraite (solidaire) est née à l’Opéra de Paris explique Brigitte Lefèvre. Les danseurs vieillissaient et il n y avait aucune solidarité envers ces gens qui avaient donné beaucoup. Ensuite ça s’est ouvert à l’ensemble des salariés de cette maison. Par ailleurs, es danseurs ont pris conscience de la reconversion. Certains deviennent maîtres de ballets, professeurs à l’Ecole de Danse. Beaucoup s’orientent vers des méthodes douces du corps, comme le shiatsu, la méthode Alexander… Les danseurs pourraient même être d’excellents kinés, d’autres ont des projets personnels. C’est nouveau !».
Le risque
La spécificité de l’Opéra de Paris est d’avoir doublé ses effectifs à l’ouverture de l’Opéra Bastille en 1989. En créant ce deuxième établissement, la production de l’établissement public a également augmentée par deux. La pyramide des âges est, de ce fait, plus jeune. La moyenne d’âge est en effet de 38 ans. « Notre déséquilibre actuel, structurel, ne s’amplifiera que dans 10 ans. souligne Dominique Legrand, DRH de l’Opéra de Paris. Cela nous donne un répit avant aggravation. Notre régime est moins en péril que d’autre, pour l’instant » Ainsi en maintenant le mode de fonctionnement actuel, les cotisations patronales et salariales, ne paieraient en 2040 que 15% des pensions des retraités. « Il faudra aussi penser au risque d'une caisse de retraite qui ne tient que par une subvention d'un ministère» précise Dominique Legrand, avant de rappeler : « Certes l'Opéra n'est pas un art rentable. Mais ce n'est pas une raison pour laisser les grands équilibres se dégrader. En terme de caisse de retraite, notamment, puisque là est la question. Avoir un Grand Opéra est un choix culturel ! » Voilà pourquoi, selon le DRH, il faudrait cotiser en plus du salaire de base. Taxer les primes, les heures supplémentaires, le treizième mois semble être un moyen, selon lui, de faire rentrer de l’argent dans les caisses et permettre ainsi de payer les retraites de tous.
Les perspectives
Quelles modifications pourraient donc être apportées au régime de l’Opéra de Paris ? Pour l’instant, l’heure est aux négociations avec les partenaires sociaux de l’Opéra de Paris et le Gouvernement. Non sans déroger aux principes mêmes qu’impose l’Etat dans ces réformes, l’Opéra de Paris va essayer tirer son épingle du jeu en faisant valoir la spécificité artistique par rapport aux autres régimes. Mettre en avant le statut d’une entité voué à l’Art, plutôt que souligner les lacunes d’un régime à réformer. En attendant la fin de ces négociations, Brigitte Lefèvre s’inquiète du traitement de ses danseurs et conclut en avançant que « la meilleure manière de rendre hommage à l’excellence, c’est de permettre à des gens qui ont travaillé plus de 30 ans pour un art de pouvoir faire par la suite ce qu’ils veulent. » Un point de vue que partage le Directeur des Ressources Humaines, Dominique Legrand lorsqu’il dit « Il faut faire la réforme et trouver une modalité particulière de gestion du personnel pour les catégories artistiques de l’Opéra de façon à ce que l’excellence reste au même niveau. »
Les salariés de l’Opéra de Paris sont donc dans l’attente. Concrètement, ils vont bientôt pouvoir simuler leurs conditions de départ en retraites afin d’avoir une idée de ce qu’ils auront comme changement dans un futur proche.











