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  Kit de survie: qui est Manu Larcenet?

BFM Magali Rangin
Manu Larcenet chez lui dans le village de Bois-d'Oingt, dans le Rhône, en 2006.

Manu Larcenet chez lui dans le village de Bois-d'Oingt, dans le Rhône, en 2006. - Jean-Philippe Ksiakek - AFP

Le grand public le découvre seulement, avec la sortie du film Le combat ordinaire, tiré de sa bande dessinée. Pourtant, Manu Larcenet fait partie du club fermé des auteurs de BD qui se vendent très bien.

Enfant, on vous interdisait d'ouvrir une BD sous prétexte que "c'est pas des vrais livres". Résultat, vous ne vous êtes jamais affranchi du diktat parental et vous en êtes resté à Tintin. Feuilleter Astérix est pour vous un acte terriblement subversif. Le nom de Manu Larcenet ne vous évoque donc rien.

Ou peut-être si, vaguement, parce sa bande dessinée Le combat ordinaire vient d'être adaptée au cinéma par Laurent Tuel. Pour tenter de colmater cette brèche dans votre culture, on vous dit ce qu'il faut savoir sur l'artiste.

> D'où vient-il?

Manu Larcenet revient de loin. Enfant dépressif, ado solitaire et mal dans sa peau, il passe par une période punk. "J'avais 20 ans. (...) Un jour, on s'est fait braquer au fusil au moment où on dealait du shit. J'ai eu la peur de ma vie. Petit à petit, j'ai lâché tous mes amis. J'ai fait table rase", évoquait-il en mars dernier, dans un entretien accordé à l'Express.

Dès ses 12 ans, il inonde les éditeurs de ses dessins: "Tous les ans, j'allais faire des photocopies de tout ce que j'avais fait (...) et j'envoyais ça à tous les éditeurs de Glénat, Dargaud, Fluide, tous", se souvient-il. Repéré par Jean-Christophe Delpierre, rédacteur en chef de Fluide Glacial à l'époque, et Marcel Gotlib, il y publie ses premières planches en 1994. Il y écrit notamment ses séries sur Les Superhéros injustement méconnus et sur l'espion Bill Baroud.

> Un type angoissé

Toujours pétri d'angoisse, il suit une psychanalyse depuis 20 ans. "Ça et la BD, ça m'a sauvé", a-t-il confié en 2008 à Libération, à l'occasion d'un portrait. Si son oeuvre n'est pas autobiographique, ses peurs la nourrissent, affleurent partout.

La mort, mais aussi "la vision du corps, le démembrement, la blessure... tout ça sont des obsessions chez moi qui rejaillissent à n'importe quelle scène de n'importe quel livre. Et dont je me sers pour donner aux personnages une profondeur, [utile] dans le récit, qui lui, n'est pas autobiographique", expliquait-il ainsi dans l'émission de Vincent Josse sur France Inter, L'atelier de Manu Larcenet.

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> Auteur à succès

Récompensé d'un Fauve d'or en 2004 à Angoulême, Manu Larcenet fait partie, avec Johann Sfar et Lewis Trondheim du club fermé des auteurs de BD qui se vendent bien, sans être mainstream. Blast est ainsi à des lieues de best-sellers comme Le chat ou Largo Winch. Pourtant, l'histoire en quatre tomes de ce psychopathe obèse, à la recherche du "blast" - une sorte de flash qu'il atteint à l'aide d'alcool et de drogues diverses - s'est vendu à près de 100.000 exemplaires.

Edité par Glénat et Dupuis puis Dargaud, Larcenet a collaboré avec Sfar et Trondheim à la série Donjon (Donjon Parade, Delcourt). Mais ses travaux les plus personnels, comme L'artiste de la famille ou Presque, il les a publiés chez Les Rêveurs, la maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel.

Larcenet est surtout connu pour Le retour à la Terre (5 tomes de 2002 à 2008), récit plein d'humour sur l'installation d'un pur citadin à la campagne, scénarisé par son alter ego Jean-Yves Ferri. Et bien sûr, Le combat ordinaire, (4 tomes, de 2003 à 2008), "l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible", selon les mots de Larcenet.

> De la BD au cinéma

De Sur la piste du marsupilami à La vie d'Adèle, en passant par Les profs... les adaptations de BD sur grand écran ne manquent pas. Pourtant, Manu Larcenet avait jusqu'ici toujours refusé toute transposition de son œuvre au cinéma.

"Je lui ai amené des photos que j'avais faites. Parmi ces photos, j'en ai choisi 36 et je les ai classées dans un ordre, qui racontait une histoire", explique au micro de BFMTV Laurent Tuel, réalisateur du Combat ordinaire. "C'est peut-être ça qui lui a donné confiance, plus que si je lui avais dit 'je vais respecter l'oeuvre'. Il m'a dit 'ok, j'ai compris, je vois ce que tu veux en faire, je n'interviendrai pas sur l'écriture, tu fais ce que tu veux'. Et c'est vrai que le film est à la fois très fidèle et aussi très différent".