Les eurodéputés ont eu 54 réunions avec des banques et 2 avec la société civile: 70 économistes, dont Thomas Piketty, appellent l'Europe à "résister" aux lobbies financiers sur l'euro numérique avant un vote crucial

Des économistes montent au créneau au sujet de l'euro numérique. Ce dimanche 11 janvier, 70 économistes ont publié une lettre ouverte appelant les eurodéputés à prendre de bonnes décisions en vue d'un vote sur l'euro numérique. Le projet de la BCE sera soumis au vote des 720 députés du Parlement européen au premier semestre 2026, comme nous l'expliquons par ici.
Pour ces derniers, dont Thomas Piketty, professeur d'économie à la Paris School of Economics et Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique, l'euro numérique doit être conçu comme un bien public.
"Les décideurs politiques doivent résister aux lobbies financiers à courte vue, dans l'intérêt des citoyens européens. L'euro numérique ne doit pas devenir un compromis symbolique", estiment les économistes
54 réunions avec le secteur financier
D'après eux, le rapporteur du projet sur l'euro numérique, le député espagnol Fernando Navarrete Rojas a eu 54 réunions avec le secteur bancaire privé contre 2 réunions avec des représentants de la société civile. Parmi les points de crispation, les banques s'inquiètent d'une fuite des dépôts de leurs clients, en fonction du montant maximum disponible par citoyens. Si la BCE a indiqué une limite de 3.000 euros par Européens, plusieurs banques privées dont BNP Paribas, suggèrent une limite bien plus basse, autour des 500 euros.
A l'issue du vote, certaines caractéristiques de ce projet pourraient passer à la trappe. Les économistes rappellent aux eurodéputés les contours principaux du projet de la BCE, dont la nécessité qu'il soit utilisable en ligne et hors ligne, qu'il respecte la vie privée des citoyens, que ses limites de détention "ne dissuadent pas son utilisation" et qu'il soit accessible à tous les Européens, notamment ceux qui n'ont pas de compte bancaire.
"Dépendance"
Sans un euro numérique "fort" et "significatif", "notre dépendance s'accentuera à mesure que les monnaies numériques privées soutenues par les États-Unis gagnent du terrain. L'Europe perdra le contrôle de l'élément le plus fondamental de notre économie: notre monnaie", indiquent les économiques. Pour ces derniers, un euro numérique n'est "pas un luxe" mais une "garantie essentielle de la souveraineté, de la stabilité et de la résilience européennes".
Pour rappel, les avis des eurodéputés divergent fortement entre les élus, rendant l'issue du vote incertaine dans les prochains mois. Si le Conseil européen a approuvé ce projet fin décembre, l'avis du Parlement européen est attendu au tournant. En fonction de l'issue des débats, la Commission européenne entend obtenir une législation d'ici juin 2026. Après cette phase, il faudra attendre 2 à 3 ans avant sa mise en circulation, soit au plus tard 2029.












