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Nice: pourquoi la métropole ne prévoit pas de rendre les transports gratuits toute l'année

BFM Côte d’Azur Arthur Descudet avec Laurène Rocheteau
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Gratuits depuis trois jours en raison du pic de pollution, les transports niçois redeviendront toutefois payants dès ce samedi. Contrairement aux demandes, la métropole ne prévoit pas de les rendre gratuits toute l'année.

Pas besoin de ticket pour prendre le tramway. Alors que le Var et les Alpes-Maritimes sont touchés depuis plusieurs jours un pic de pollution à l'ozone, la métropole de Nice propose depuis trois jours la gratuité des transports en commun sur le réseau Lignes d'Azur, afin de permettre aux habitants de privilégier le bus et le tramway pour réduire l'utilisation de la voiture, et ainsi éviter les émissions polluantes.

Si l'alerte de niveau 2 de pollution a été levée jeudi par la préfecture des Alpes-Maritimes, la métropole de Nice a cependant maintenu la gratuité des transports pour ce vendredi. Un dispositif qui ramène une fois de plus la question de la gratuité des transports en commun tout au long de l'année.

Une gratuité tout au long de l'année?

Pour le rassemblement citoyen Viva, cette mesure devrait être mise en place de façon permanente, afin d'inciter les Niçois à prendre les transports en commun.

"Nous sommes favorables à la mettre en oeuvre tout au long de l'année, pour tous. De manière à permettre véritablement à ce qu'il y ait une réduction de l'utilisation des véhicules automobiles, et que ça permette de gagner en fluidité sur le trafic, en qualité de l'air, et en qualité de vie", déclare Robert Injey, militant du collectif Viva, au micro de BFM Nice Côte d'Azur.

Sur les quais du tramway et aux arrêts de bus, la position du rassemblement Viva est plutôt partagée par les usagers.

"Personnellement, si j'avais une voiture, je prendrais le tram s'il était gratuit. Pour la planète, pour les économies, pour l'essence", confirme Héloïse, usagère du réseau Lignes d'Azur.

De l'argent "qui peut servir"

Mais même si elle aimerait voir le dispositif de gratuité mis en place toute l'année, la jeune femme ne pense pas qu'une telle mesure soit réalisable à Nice. "Une grande ville comme ça... Je pense qu'il y a trop besoin de profit pour ça."

Un argument effectivement avancé par la métropole de Nice, qui ne prévoit pas de rendre les transports en commun gratuit toute l'année.

"Je rappelle qu'une journée de semaine [sur les transports] c'est un peu plus de 200.000 euros de recettes", explique Gaël Nofri, adjoint au maire de Nice aux transports, et président de la régie Lignes d'Azur. "Ce qui veut dire que sur une semaine, c'est un million d'euros d'argent public, d'argent qui peut servir. Un million, c'est ce que l'on met tous les ans sur les trottoirs de la ville de Nice. Un million, c'est quatre bus qui tournent toute l'année. Un million, c'est la desserte en bus de la vallée de la Vésubie. Ces montants-là ne sont pas neutres."

Si certaines grandes villes ont fait le choix de rendre leurs transports en commun gratuits tout au long de l'année -c'est notamment le cas à Montpellier, où les transports devraient devenir gratuits à partir du mois de décembre- la ville de Nice n'envisage pas de faire payer le coût d'un tel dispositif à ses administrés.

"Il est normal que tout ne soit pas payé par l'impôt des ménages, par les gens qui vivent et cotisent sur ce territoire, mais que l'ensemble des usagers participent aux coûts du transport", poursuit Gaël Nofri. "C'est à mon avis quelque chose de responsable, c'est quelque chose de juste, et c'est quelque chose de moralement nécessaire."

Des trajets quand même débités

Si le président de la régie Lignes d'Azur note une "baisse de la fréquentation voiture des routes faible, mais réelle" depuis le début de la gratuité des transports, il ne remarque toutefois pas de hausse de fréquentation des transports en commun pendant ces trois jours. "Ce qui prouve que l'enjeu majeur dans les transports publics, ce n'est pas le prix" selon Gaël Nofri.

Un argument qui pourrait toutefois être réfuté par les usagers du réseau, puisque nombre d'entre eux n'étaient pas informés de la gratuité des transports ces derniers jours. Au contraire, certains ont même acheté leurs tickets comme à l'ordinaire, les bornes n'étant pas bloquées.

"On n'est pas assez informés", déplore Patricia, habitante de Nice. "Mais ce que je ne comprends pas, c'est que ce matin, j'ai passé mes tickets, et que ça m'a pris mon voyage. Donc ils devraient bloquer les machines. C'est de l'arnaque."

Pour Louis, qui prend les transports en commun quotidiennement, la métropole n'a "clairement pas assez parlé" du dispositif de gratuité pendant le pic de pollution. "Parce que moi, je prends le tram tout le temps pour aller au travail, et je n'ai rien vu", assure-t-il.

Même constat pour Alain, qui a été alerté in extremis avant d'acheter son titre de transport. "On a appris ça par hasard ce matin, alors que je m'apprêtais à acheter les billets. Quelqu'un nous a dit 'non non non, n'achetez pas, c'est gratuit'."

Loin d'être rendus gratuits de façon permanente, les transports en commun niçois ont au contraire vu leurs tarifs augmenter depuis le début de l'été. La ville avait notamment annoncé à la fin de l'année dernière une "hausse de 10%" dès juillet 2023, l'abonnement annuel atteignant désormais 360 euros, même si les demi-tarifs et gratuités existent encore.

Quant à la gratuité liée au pic de pollution, elle prendra fin ce vendredi soir, pour un retour à la normale dès demain sur les Lignes d'Azur.