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[TRIBUNE] Les Zones Faibles Émissions (ZFE), un défi social

BFM Business Franck Cazenave, expert en mobilité et auteur du livre La robomobile, chez Descartes & Cie.
Image d'illustration - Un panneau annonçant l'entrée dans la ZFE de Paris

Image d'illustration - Un panneau annonçant l'entrée dans la ZFE de Paris - Ligue des Conducteurs

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Ces dernières semaines, les Zones à Faibles Émissions (ZFE) reviennent régulièrement dans l’actualité. Elles posent de vraies questions de pouvoir d’achat aux français.

Ces dernières semaines, les arnaques à la fausse vignette Crit’Air ont remis les Zones à Faibles Émissions (ZFE) dans l’actualité. Les faussaires profitent du manque de connaissance des français sur le dispositif. Au-delà des tentatives d’extorsion de données bancaires, les ZFE posent de vraies questions de pouvoir d’achat aux français.

Manque d’information sur Crit’Air et les Zones Faibles Émissions

L’accès aux ZFE dépend de la vignette Crit’Air du véhicule. Or 48% des détenteurs de véhicules ne savent pas quel est le Crit’Air de leur véhicule et 23% se trompent. Seuls 29% des détenteurs de véhicules sont capables de donner le bon Crit’Air de leur propre véhicule! Un taux encore plus faible pour les détenteurs de Crit’Air 3, 4 et 5, premiers concernés par les interdictions de circulation à venir: seuls 21% des détenteurs de Crit’Air 3, et 14% des détenteurs de Crit’Air 4 et 5 (les plus anciens véhicules) sont capables de donner le bon Crit’Air de leur véhicule.

Les Français manquent clairement d’informations sur la vignette Crit’Air et les Zones Faibles Émissions qui doivent pourtant se déployer à 43 agglomérations françaises… C’est ce que révèle une étude nationale sur les Zones Faibles Émissions, réalisée par l’Institut CSA. 37% des Français seulement connaissent vraiment les ZFE et sont capables d’en donner la bonne définition. Cette méconnaissance s’explique par un manque d’informations mises à disposition, seuls 31% des Français déclarent être suffisamment informés sur les ZFE.

Pour pallier ce manque d’information, il serait nécessaire de créer un observatoire des ZFE, regroupant des représentants de l‘industrie automobile, des associations d’automobilistes et des pouvoirs publics, parlementaires et élus des agglomérations concernées. Ses missions seraient d’expliquer les enjeux des ZFE, d’enquêter sur leurs impacts et de proposer des solutions pour les ménages les plus fragiles financièrement.

ZFE, un défi social

Aujourd’hui, 8 véhicules sur 10 impactés par les ZFE se rendent effectivement dans les agglomérations concernées. Nous avons donc voulu comprendre comment ces Français pourraient continuer d’accéder aux ZFE, si possible en changeant de véhicule, répondant aux critères fixés par chacune des 43 agglomérations concernées.

37% des détenteurs de véhicules impactés par une ZFE déclarent qu’ils peuvent acheter un véhicule neuf Crit’Air 1, essence, basé sur le prix de vente de la Dacia Sandero, véhicule neuf le plus vendu auprès des ménages français.

27% des détenteurs de véhicules impactés par une ZFE déclarent qu’ils peuvent acheter un véhicule d’occasion Crit’Air 1, essence, d’une valeur de 3990 euros. Il faudrait encore trouver plusieurs millions de véhicules d’occasion de ce type, car ils seront très recherchés. D’ailleurs, les prix déjà ont flambé ces derniers mois. A l’approche de la date fatidique de mise en place des ZFE, de nouveaux renchérissements risquent d’empêcher des français de trouver une solution de remplacement de leur vieux véhicule, interdit d’accès dans les ZFE.

36% des détenteurs de véhicules impactés par une ZFE déclarent qu’ils n’ont pas le budget pour remplacer leur véhicule! Pire, 14% de tous les français impactés affirment qu’ils continueront à utiliser leur véhicule actuel dans les ZFE, sachant qu’ils risquent une amende de 68 euros par infraction. La sanction n’est donc pas la solution.

15 millions de véhicules Crit’Air 3, 4, 5 et non classés sur nos routes

Pratiquement 15 millions de véhicules Crit’Air 3, 4, 5 et non classés circulent sur nos routes, alors qu’ils seront interdits d’accès dans toutes les ZFE. Tout d’abord, il est nécessaire d’informer les Français sur Crit’Air et les véhicules concernés par les interdictions de circuler dans les Zones Faibles Émissions.

Ensuite, une prime écologique devrait être mise en place pour aider les ménages à mettre à la casse un véhicule Crit’Air 4 ou 5. Détruire un véhicule Euro 1, 2 ou 3, de vieux diesels, c’est contribuer à la réduction des émissions de CO2 et de particules fines, nocives pour la santé.

Enfin, un quart des français impactés est prêt à basculer sur les transports publics de proximité, pour peu que la fréquence et l’amplitude horaire soient satisfaisantes. Dans les zones rurales et les villes médianes, il serait nécessaire de déployer des navettes électriques, puis autonomes, afin de créer de robustes réseaux de transports publics. Ces mesures seraient indispensables afin que la situation sociale ne se révèle pas intenable pour des millions de français alors que les hausses de toutes les énergies les mettent déjà à mal.

(*) Précisions méthodologiques: Enquête en ligne, menée du 8 au 22 février 2022 auprès d’un échantillon représentatif de 1 587 français âgés de 18 ans et plus dont 968 français directement impactés par les ZFE avec au moins un de leurs véhicules Crit’Air 2 (Métropole du Grand Paris et Grand Lyon), 3, 4, 5 et non classé. Pour plus de détails, voici le lien vers l’étude: https://csa.eu/news/barometre-des-zones-a-faibles-emissions/