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Téléphone au volant: un vrai danger à ne pas négliger

BFM Business Julien Bonnet , Journaliste BFM Auto
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Des tests réalisés par Assurance Prévention montrent que l'usage du téléphone augmente de 60% le temps de réaction et peut détourner l'attention de la route jusqu'à 35 secondes. Même les usages autorisés, comme un appel mains libres, entrainent de la déconcentration.

Le téléphone au volant représente un fléau sur les routes depuis de nombreuses années. Pourtant, malgré les discours de prévention et les sanctions de plus en plus sévères, cette pratique ne semble pas reculer.

Dans ce contexte, l'association Assurance Prévention a donc voulu évaluer le niveau de distraction avec une expérience scientifique inédite, menée sous le contrôle du pôle d’expertise du risque Calyxis.

Une expérience scientifique inédite

27 sujets volontaires, conducteurs réguliers et présentés comme des "utilisateurs de dispositifs numériques au volant", ont effectué chacun 3 trajets de plus de 100 km sur simulateur de conduite. Soit plus de 8.000 km de parcours au total, avec et sans distracteurs, dans le cadre de cette mise en situation de conduite sur simulateur avec suivi du regard du conducteur.

27 sujets volontaires, conducteurs réguliers et utilisateurs de dispositifs numériques au volant, ont effectué chacun 3 trajets de plus de 100 km sur simulateur de conduite.
27 sujets volontaires, conducteurs réguliers et utilisateurs de dispositifs numériques au volant, ont effectué chacun 3 trajets de plus de 100 km sur simulateur de conduite. © Assurance Prévention

"Sur certaines portions de ces trajets, les automobilistes conduisaient selon leurs habitudes, sur d’autres, des distracteurs étaient imposés (aussi bien visuels, auditifs, physiques que cognitifs). Ces distracteurs étaient intégrés simultanément à l'activité de conduite, via un dispositif embarqué, seul dispositif autorisé par le Code de la route", précise le communiqué d'Assurance Prévention.

Un point important à retenir: cette étude s'est donc concentrée sur des usages via un écran tactile intégré au véhicule, et non téléphone à la main ou sur un support. Avec des pratiques autorisées, comme le fait de passer un appel, et d'autres qui se révèlent interdites ou "simplement" peu recommandées: comme taper un numéro de téléphone sur cet écran.

En effet, la loi se concentre surtout sur le téléphone tenu en main, mais avec le même risque si on passe un temps prolongé sur son smartphone fixé sur un support, ou sur un écran intégré au véhicule.

Interagir avec un écran intégré à sa voiture peut entrainer une trop longue déconcentration.
Interagir avec un écran intégré à sa voiture peut entrainer une trop longue déconcentration. © Assurance Prévention

Tous ces comportements entrainent en effet de la distraction physique, comme le rappelait récemment la sécurité routière: "le conducteur ne tient plus son volant à deux mains lorsqu'il compose un numéro, envoie un message ou tient son téléphone en main".

Un usage banalisé des "distracteurs"

Premier constat de cette étude: l’usage des distracteurs au volant s’est banalisé. Sur le premier parcours, les conducteurs étaient en effet libres d’utiliser ou non des dispositifs numériques (téléphone en kit mains libres ou écran tactile du véhicule), selon leurs habitudes de conduite, reflétant ainsi leur comportement naturel. Beaucoup se sont alors laissés tenter: 3 conducteurs sur 4 (76%) ont utilisé un distracteur au volant lors de cette première expérience.

Sur le deuxième parcours, les conducteurs étaient soumis à des "légers distracteurs imposés", avec dans l'ordre, une conversation avec le passager, une utilisation de la radio avec un choix de station, 3 appels téléphoniques entrants et le suivi d'un itinéraire GPS.

Enfin, on retrouvait des "forts distracteurs imposés" sur le troisième parcours: un appel téléphonique sortant de 10 minutes avec un tiers, suivi de la recherche d'une musique dans une playlist, trois appels téléphoniques sortants (avec composition d'un numéro et recherche dans le répertoire), puis la lecture d'un SMS sur fond de "distracteurs variés" (radio, musique et GPS).

35 secondes d'inattention pour taper un numéro

L'étude a ainsi permis d'évaluer concrètement certains effets de ces distracteurs.

Composer un numéro tout en conduisant provoque par exemple 35 secondes d’inattention en cumulé, en prenant en compte le fait que le regard du conducteur alterne entre la route et l’écran.

En comparaison avec un trajet réalisé sans ces sources de déconcentration, où un conducteur réalise en permanence des micro-corrections, un parcours avec distracteur multiplie jusqu'à 13 le temps passé à faire des écarts de trajectoire, pouvant aller jusqu'à un changement de file.

Autre conclusion inquiétante: "l’usage de distracteurs supprime tous les contrôles de sécurité (rétroviseurs et tableau de bord)", explique Assurance Prévention, avec des conducteurs qui "se limitent alors à des va-et-vient entre l’écran et la route".

Logiquement, le bilan n'est pas plus rassurant sur les réflexes en cas d'urgence: "l’usage d’un distracteur augmente le temps de réaction des conducteurs de 60 %. Il passe de 1,25 seconde en moyenne en situation de conduite sans distracteur à 2 secondes avec distracteur."

Quelques conseils pour des trajets plus sûrs

Pour limiter les risques, Assurance Prévention recommande donc de limiter au maximum l'usage de ces distracteurs. Pour les plus accros, pourquoi ne pas mettre son téléphone en mode avion pendant un trajet, ou le confier à un passager.

Il est aussi recommandé de lancer sa playlist préférée ou un itinéraire GPS à l'arrêt et avant de prendre la route.

Sur un long trajet, il ne faut pas hésiter à prévoir des pauses régulières, de quoi se reposer, s’aérer, mais aussi pouvoir de nouveau consulter son téléphone en toute sécurité.

L'association invite aussi les proches de conducteurs à ne pas les appeler ou envoyer de message lorsqu'on sait que la personne est au volant.