Efforts de protection, environnement menacé... Le panda géant est-il toujours en déclin?

Arrivés il y a treize ans en France, Huan Huan et Yuan Zi vont être ramenés en Chine. Les deux pandas vont quitter le zoo de Beauval (Loir-et-Cher) ce mardi 25 novembre en raison de l'insuffisance rénale dont souffre la femelle.
Les jumelles Huanlili et Yuandudu, nées en 2021, restent, elles, en France "afin de continuer à sensibiliser les visiteurs à la sauvegarde de cette espèce emblématique", a indiqué Rodolphe Delord, le directeur du ZooParc de Beauval. Leurs parents repartent, eux, dans le Centre de conservation de Chengdu, dans le cadre du programme international de conservation, de recherche et de reproduction des pandas géants.
Car ces animaux sont "l'emblème du déclin des espèces sauvages", explique Lorélie Escot, responsable du programme "Vie sauvage, commerce illégal et coexistence" au WWF. En effet, les pandas ont frôlé l'extinction.
Environ 1.800 pandas à l'état sauvage
Leur déclin a été particulièrement rapide. Dans les années 1970, ils étaient environ 2.500 à l'état sauvage. Un chiffre déjà alarmant à l'époque. Une décennie plus tard, il ne restait que 1.114 pandas en Chine. S'ils peuplaient autrefois le Myanmar, le Vietnam et une grande partie de la Chine, on ne les retrouve aujourd'hui que dans une vingtaine de parcelles de forêts isolées dans les zones montagneuses des provinces chinoises de Sichuan, Shaanxi et Gansu.
Ce déclin drastique a entraîné une prise de conscience et le développement de programmes de conservation. Victoire pour les pandas géants: "on a observé une augmentation de leur population au cours des quinze dernières années, indique Lorélie Escot. Aujourd'hui, on décompte environ 1.800 individus, "dont un peu plus de 1.000 en capacité de se reproduire".
Cette augmentation de la population a même permis au panda de voir son statut passer d’espèce en danger à espèce vulnérable sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) en 2016. L'organisme explique alors que "sa population s'est accrue grâce au reboisement et à une protection efficace des forêts".
Destruction de son habitat
En effet, si le déclin des pandas a été si brutal, c'est en raison "de la dégradation et de la fragmentation de son habitat". En cause: l'essor démographique et les activités humaines (tourisme, agriculture, mines, braconnage...).
"Longtemps, on a pensé que c'était dû à son faible taux de reproduction", explique le WWF.
Toutefois, en raison de cette dégradation de leur habitat, les pandas géants ont de plus en plus de difficultés à migrer. C'est pourtant un processus naturel indispensable pour trouver un partenaire pour la reproduction, pour les jeunes qui cherchent à établir leur propre territoire ou pour "la recherche de sources d'alimentation alternatives dans le cas d'épisodes de dépérissement massif des forêts de bambou, leur nourriture principale".
Sans cela, on observe notamment un brassage génétique insuffisant entre sous-populations, ce qui peut entraîner de la consanguinité causant une moins bonne résistance aux maladies ou aux changements environnementaux.
Réserves naturelles et corridors écologiques
Pour autant, si la population du panda géant augmente et qu'il n'est plus considéré comme "en danger", il n'est en revanche pas tiré d'affaire. Certaines menaces à la survie du panda, comme le braconnage, ont été fortement amoindries grâce à des lois plus strictes et une protection à l'échelle internationale.
Toujours classé espèce vulnérable, son habitat continue de se dégrader. Le travail des organismes de protection du panda consiste ainsi notamment à agrandir et protéger les réserves naturelles dans lesquelles une partie d'entre eux vivent. "Il faut promouvoir des activités alternatives à l'exploitation des forêts, dont le bambou", explique Lorélie Escot.
"L'enjeu est également qu'ils se mélangent entre eux pour que la population reste viable", rappelle-t-elle.
Ainsi, des "corridors écologiques" sont créés pour permettre aux pandas de se déplacer entre les réserves. Grâce à ça, ils peuvent se déplacer pour un meilleur brassage génétique et un accès plus sécurisé à la nourriture.
Le bambou menacé par le changement climatique?
L'accès à la nourriture est un sujet crucial pour la protection du panda. Comme le rappelle le WWF, le panda appartient à l'ordre des carnivores. Pourtant, son régime alimentaire est constitué à 99% de végétaux, quasi uniquement de bambous. Et cela le rend vulnérable car le bambou possède un cycle de reproduction particulier puisqu'il ne se reproduit que tous les 15 à 120 ans, en fonction des espèces.
C'est notamment ce cycle particulier qui pousse les pandas à se déplacer pour leur recherche de nourriture. En outre, se posent également des interrogations sur le futur de cette végétation.
D'après l'UICN, il est estimé que le dérèglement climatique pourrait éliminer plus de 35% des forêts de bambous dans les 80 années à venir. Les répercussions des changements du climat sur le bambou seront variables selon les zones.
"Potentiellement, le bambou va aller davantage en altitude (vers des conditions climatiques plus propices en raison de la hausse des températures, NDLR) et la question sera de savoir si les pandas vont se déplacer assez vite pour suivre", s'interroge ainsi Lorélie Escot.
La spécialiste s'inquiète également d'un risque de maladies qui pourraient apparaître sur cette végétation essentielle aux pandas, qui peuvent en ingurgiter jusqu'à 20 kilogrammes par jour et passer près de 14 heures à les mastiquer.
Un emblème devenu "espèce parapluie"
Si l'espèce est donc toujours en sursis, elle se porte mieux. Il faut dire qu'elle a bénéficié d'importants programmes de protection depuis les années 1980. "Il est l'emblème du déclin des espèces sauvages et c'est un animal totem de la Chine", reconnaît Lorélie Escot.
Il est vrai que le panda bénéficie d'un capital sympathie. Ce "chat-ours" (son nom en tibétain) noir et blanc parfois maladroit fait un tabac sur Internet, où des vidéos de roulade et de chute cartonnent. À Beauval, les pandas sont devenus les coqueluches du public. Depuis l'annonce du départ pour la Chine de Huan Huan et Yuan Zi, les visiteurs se pressent pour un dernier au-revoir.
"Cette grosse visibilité du panda permet de sensibiliser à sa protection", concède Lorélie Escot. Surtout, les mesures dont bénéficient les pandas servent à d'autres. "Les programmes vont préserver d'autres espèces grâce à la protection des habitats", souligne la spécialiste, qui qualifie ainsi le panda "d'espèce parapluie".
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